Indigitization est un programme visant à promouvoir et à offrir la possibilité de numériser les connaissances dans les communautés autochtones. Cette initiative est le fruit d’une collaboration entre des groupes autochtones de la Colombie-Britannique et des partenaires universitaires, soit l’University of British Columbia (UBC) et l’University of Northern British Columbia (UNBC).
C’est en 2012 que le programme Indigitization est mis en œuvre. Au cours des huit dernières années, l’équipe multidisciplinaire a développé des protocoles et des politiques d’accès appropriés sur le plan culturel, préparé des trousses d’outils accessibles et créé une subvention permettant de numériser les connaissances des Premières Nations de la Colombie-Britannique, en tout respect de leur réalité. Indigitization se sert des commentaires reçus pour adapter ses travaux en continu. L’équipe a aussi demandé à des participant·e·s du programme d’agir à titre de partenaires pour l’événement Indigitization Futures Forum tenu en 2016.
Nous avons discuté avec Gerry Lawson de ce modèle unique en son genre alliant patrimoine culturel, pratiques d’information culturellement appropriées et développement communautaire durable.
Julia Matamoros
Partnerships Officer
Commençons par mettre le tout en contexte. Pourquoi le programme Indigitization a-t-il été créé et à quels besoins ou lacunes vient-il répondre?
Lorsque le projet pilote a démarré, très peu de numérisation était effectuée dans les organismes des Premières Nations, même si le besoin était criant. Certains organismes communautaires faisaient de la numérisation, mais il leur était impossible de savoir s’ils respectaient les pratiques exemplaires en matière de numérisation. Les organismes dans les communautés possèdent de modestes ou de très vastes collections d’enregistrements du patrimoine culturel, et ce, dans presque tous les formats possibles et imaginables. C’était presque unanime : les communautés sentaient que ces enregistrements étaient trop précieux pour les confier à une organisation externe. À cette époque, il n’y avait que très peu de directives relativement aux pratiques de numérisation et le financement était généralement insuffisant pour cette tâche.
Le financement offert aux organismes de conservation de la mémoire était bien souvent soit non disponible, soit non approprié aux collections des communautés des Premières Nations. Ces programmes de financement nous obligeaient par ailleurs à adopter des pratiques onéreuses et à fournir un accès libre complet au contenu numérisé. Sur le plan éthique, presque aucune collection de connaissances des communautés autochtones ne pouvait devenir totalement accessible. En plus des contraintes imposées par le régime occidental de propriété intellectuelle, le savoir autochtone est assujetti à des protocoles d’accès culturel distincts pour chaque communauté. Bien souvent, ces protocoles n’avaient pas été mis en place pour gérer la sphère numérique.
Qui plus est, la plupart des directives sur les pratiques exemplaires de numérisation audio étaient rédigées dans un jargon hautement technique et plusieurs d’entre elles étaient désuètes quant à l’équipement minimum requis. Bref, l’équipement requis n’était pas disponible, les documents n’étaient compréhensibles de personne hormis des expert·e·s du domaine et les « pratiques exemplaires » ne cadraient pas avec ce que l’on pourrait appeler de « pratiques actuelles ». Les gestionnaires des collections dans les communautés se trouvaient donc bloqués, aussi bien par un manque de financement que par le manque de clarté des directives pour aller de l’avant.
Comment le programme Indigitization résout-il ces problèmes?
Dans le cadre du projet pilote de 2012, nous avons développé une trousse de numérisation de cassettes audio tout-en-un extrêmement facile à assembler. Le manuel d’instructions (presque totalement) exempt de jargon technique qui accompagne cette trousse permet aux petites organisations de planifier leur projet de numérisation et de suivre une méthodologie étape par étape pour l’évaluation de la condition et la numérisation aux fins de préservation. L’Irving K Barber Learning Centre (IKBLC), qui a financé le projet pilote initial, a courageusement réinvesti dans le projet pour faire de ces trousses un programme continu d’octroi de subventions.
Nous avons pu mettre en place un processus de financement qui n’oblige pas les organisations des Premières Nations à rendre leurs enregistrements accessibles au public. Nous demandons aux communautés d’utiliser leurs collections numérisées comme base pour établir des politiques d’accès appropriées sur le plan culturel. La subvention inclut également une formation technique ainsi qu’un soutien en continu pour toute la durée de leur projet. Nous avons été en mesure d’adapter les paramètres de subvention d’un cycle à l’autre et de l’améliorer en continu afin de répondre aux besoins en capacité technique de ces organisations.
En quoi ce programme est-il unique en son genre?
Je crois que notre programme se distingue par les personnes mêmes qui y ont travaillé. Même si l’initiative s’apparente à une collaboration purement universitaire avec l’UBC, ce projet a en fait pris racine dans la communauté.
Notre équipe de base est restée très axée sur les besoins en constante évolution des communautés autochtones. D’autres personnes et organisations ont pu se joindre à nous et faire évoluer le programme, et ce, sans perdre de vue nos objectifs fondamentaux.
Les personnes qui ont dirigé le processus de préparation de nos guides et les membres de la direction du programme ont tous et toutes de l’expérience de travail directement dans des organismes communautaires. La première coordonnatrice du projet Indigitization, Mimi Lam, qui a préparé plusieurs des guides, a acquis la majorité de son expérience au sein de l’organisme Union of BC Indian Chiefs. C’est là d’ailleurs que j’ai moi-même développé mes pratiques de numérisation. Sarah Dupont, une femme d’origine métisse qui a repris les rênes de la coordination après Mimi, a mis à profit son expérience de travail auprès d’expert·e·s communautaires pour développer la plupart des paramètres de subvention et des protocoles de nos ateliers de formation en personne. Sarah a également porté attention aux commentaires afin de toujours innover et améliorer le processus boursier à chaque étape. Erica Hernandez-Read, des Archives de l’UNBC, jouit de solides relations avec les communautés du nord et a contribué à en développer de nombreuses autres. Lisa Nathan, de l’iSchool de l’UBC, a mis à profit sa grande éthique de travail avec les étudiants dans ce projet. Plus récemment, nous avons accueilli Kayla Lar-Son qui a pris la relève de Sarah comme coordonnatrice du programme. Sarah gère toujours de nombreux volets du programme Indigitization simultanément à ses tâches de directrice de la Xwi7xwa Library de l’UBC. Plusieurs étudiant·e·s ont abattu un travail véritablement durable dans le programme, grâce notamment aux leçons tirées de leur participation étudiante dans de précédentes activités financées.
Le patrimoine culturel est si vaste : comment les communautés déterminent-elles ce qu’elles souhaitent numériser?
Le patrimoine culturel est très large et c’est d’autant plus vrai dans les organisations des Premières Nations. Presque tous les enregistrements comportent du contenu associé à la langue, à la culture ou à l’histoire. Même des archives qui semblent banales, par exemple des enregistrements de réunions de conseils de bande, contiennent des prières, des chansons et des contes.
Certains organismes communautaires, comme les programmes ou écoles d’enseignement des langues, possèdent également des collections bien spécifiques. Ces collections contiennent parfois des enregistrements de groupes s’exprimant dans une langue en particulier, des entretiens avec des aînés ou des leçons de langue plus structurées. Dans l’ensemble, les communautés disposent de collections variées comportant une diversité de projets structurés de tradition orale, des enregistrements aux fins d’utilisation traditionnelle, des enregistrements de linguistes ou d’autres universitaires, de potlatchs ou encore de transmission des connaissances familiales. C’est exactement la raison pour laquelle Indigitization cible particulièrement le contenu du patrimoine culturel plutôt que des « cours de langues » ou certains autres thèmes plus pointus.
Tous ces documents sont importants et nous voulons que chaque communauté décide de ses propres priorités. Les communautés se situent toutes à des étapes différentes par rapport aux défis de langue, de culture et de gouvernance qu’elles doivent relever. Chaque communauté s’attaque à ces défis selon des stratégies et priorités locales, qui auront les plus grandes retombées à long terme sur la santé de leur collectivité. C’est pourquoi les communautés sont les mieux placées pour décider du contenu qu’elles souhaitent numériser en priorité dans leurs collections.
Comment êtes-vous entré en contact avec les communautés au départ et comment ces relations évoluent-elles au fil de la collaboration dans le projet Indigitization?
Pour les premières rondes de financement d’Indigitization, nous avons d’abord misé sur le bouche-à-oreille parmi nos relations et réseaux existants. Puisqu’il n’existait aucune ressource semblable à Indigitization au départ, plusieurs organismes autochtones qui étaient à la recherche de ce type d’aide étaient déjà prêts à embarquer. Au fur et à mesure que le programme gagnait en maturité, nous avons utilisé d’autres canaux pour rejoindre les gens, notamment des publicités payées dans les réseaux techniques autochtones et dans une station de radio du nord de l’Alberta. Les médias sociaux constituent aussi des vecteurs de plus en plus importants pour rejoindre nos partenaires des communautés.
Nous avons aidé plusieurs bénéficiaires de subvention, qui sont pour nous des partenaires, afin d’accroître leur capacité dans de nouveaux domaines ou former de nouvelles personnes. Nous avons également soutenu certaines de ces organisations en les aidant à obtenir des subventions d’autres organismes ou en leur rédigeant des lettres d’appui. Nous gardons le contact avec presque toutes les organisations avec lesquelles nous avons collaboré, à tout le moins de façon périodique.
En 2016, nous avons organisé l’événement Indigitization Futures Forum. Il s’agissait d’un symposium regroupant 23 de nos ancien·ne·s partenaires et plusieurs de nos collègues de la gestion de l’information pour discuter des réussites et des lacunes quant à la numérisation du patrimoine culturel dans les communautés autochtones. Les discussions et les commentaires soulevés lors de cet événement nous ont aidé·e·s à planifier l’avenir du programme Indigitization.
Comment intégrez-vous de bonnes pratiques éthiques et culturelles dans votre travail? Était-ce un objectif dès le départ?
Absolument, c’était un objectif dès le départ. Notre capacité à mettre en œuvre des pratiques culturelles appropriées nous venait de l’expérience personnelle des membres de l’équipe qui ont travaillé directement pour ou avec des organismes des communautés autochtones. Les membres autochtones de notre équipe contribuent également à une meilleure compréhension dans le projet, apportant des points de vue personnels sur les mécanismes de trauma et de perte culturels.
Des pratiques exemplaires en matière culturelle sont établies par les expert·e·s des communautés locales. Règle générale, je laisse de côté les pratiques inappropriées sur le plan culturel qui sont incluses dans nos guides, mais qui dominent le discours et les manières de fonctionner en numérisation. Notons par exemple les exigences très coûteuses à respecter pour l’admissibilité à du financement, l’accès complet obligatoire au contenu et l’adhésion au concept occidental de propriété intellectuelle qui ne reconnaît pas le droit des Autochtones à accéder à leur propre patrimoine culturel et à le contrôler.
Dans le cadre du programme, nous adoptons plusieurs pratiques et protocoles dans nos communications et dans nos ateliers de formation qui permettent d’approfondir les relations avec les communautés. Ainsi, nos partenaires se sentent mieux accueilli·e·s et plus disposé·e·s à apprendre lorsqu’elles et ils visitent nos installations universitaires coloniales.
Ayant agi à titre de directrice pendant la majeure partie de l’existence de notre programme, Sarah Dupont est celle qui s’est battue pour intégrer la plupart de ces pratiques. Par exemple, des représentant·e·s des communautés autochtones accueillent nos participants et contribuent au partage de connaissances lors des discussions dans les différents projets. Ou encore, des traiteur·euse·s autochtones se chargent de la plupart de nos repas communs. Les exemples sont nombreux, car c’est une préoccupation de premier plan lorsque nous planifions nos rassemblements.
D’un côté, on trouve la numérisation de contenu en tant que tel et de l’autre, la gestion de l’information du patrimoine numérique au fil de sa croissance. Quelle est votre vision quant à l’accès et à l’utilisation de ce matériel?
La gestion de l’information est un domaine extrêmement coûteux. Au début de notre projet, nous nous attaquions à un enjeu ciblé, mais essentiel, faisant partie d’un problème plus vaste. Le succès de la numérisation n’est possible que dans un certain cadre. Nous avons accès pendant un certain temps seulement à de l’équipement pouvant faire jouer ces formats et les médias eux-mêmes sont parfois endommagés avec l’âge.
Actuellement, nous préparons des guides sur des formats assez courants comme le VHS, le Betamax et la bobine libre. Ces formats sont beaucoup plus complexes à numériser que la cassette audio. Nous préparons en ce moment d’autres ressources pour soutenir les processus de base de la gestion des collections. C’est le point de départ pour résoudre le problème plus large de gestion de l’information. Nous devons aussi tenir compte de la portée que nous souhaitons donner à notre programme. Nous n’avons pas à régler chaque problème distinct et de nombreux cas seraient mieux pris en charge par d’autres organisations ou équipes.
Quelles stratégies adoptez-vous pour que ces archives circulent?
L’un des plus importants systèmes de gestion de contenu (SGC) émergent est Mukurtu. Mukurtu est un SGC en source ouverte, qui vise à donner les moyens aux communautés autochtones de gérer et de partager leur patrimoine culturel de manière appropriée. À l’origine, il a été développé pour une communauté autochtone australienne, afin qu’elle puisse gérer l’accès à l’aide de protocoles locaux. Par la suite, ce système a pris de l’ampleur et il est maintenant possible de l’adapter aux protocoles locaux d’autres communautés autochtones. Ce système est loin d’être parfait, mais il est un véritable pionnier pour orienter des organisations communautaires vers des pratiques de gestion de l’information plus structurées. Michael Wynne, membre de l’équipe de Mukurtu, siège à notre comité directeur pour nous aider à mieux concerter nos efforts communs.
Pensez-vous qu’Indigitization pourrait éventuellement collaborer avec d’autres partenaires que les universités ou avec d’autres secteurs en particulier?
Le projet Indigitization est multidisciplinaire et intersectoriel dans son essence et il a toujours été ouvert à la collaboration lorsque les objectifs concordent. C’est une qualité essentielle pour la plupart des membres de notre équipe de savoir remettre en question certaines pratiques que l’on nous a apprises. De telles collaborations peuvent prendre la forme de partenariats structurels, par exemple, lorsqu’une nouvelle organisation intègre l’équipe d’Indigitization. Il peut aussi s’agir de partenariats temporaires, lorsque nous nous associons à un autre groupe pour développer de nouvelles ressources ou atteindre un nouveau public cible. La collaboration peut aussi demeurer informelle, où chaque organisation aide l’autre à atteindre ses objectifs sans engagement plus grand.
Les Archives de l’UBNC sont un partenaire de longue date, tout comme le Sustainable Heritage Network de la Washington State University. Actuellement, nous développons de nouvelles relations de travail avec le First Peoples Cultural Council ainsi qu’avec des collègues de la Mount Royal University. Au fil de notre croissance, nous devons accroître notre capacité, particulièrement en ce qui concerne les outils éducatifs, le soutien aux systèmes de gestion de l’information et l’élargissement de la portée de nos ressources; c’est pourquoi nous serons appelé·e·s à établir des partenariats avec des organisations qui ont des objectifs semblables et qui sont bien positionnées pour relever ces défis.
Cette entrevue a été modifiée pour des raisons de clarté et de longueur.
Rencontre avec Angelina Paras, membre Canoo.
Angelina a décidé de déménager au Canada parce que «c’est un pays à l’histoire digne d’intérêt, mais également à ses débuts en matière de potentiel économique et social. Je crois que mes enfants et moi-même avons beaucoup à apprendre de ce pays, et que nous pouvons également y apporter notre contribution.»
«Ce que je préfère du Canada est la riche diversité ethnique conjuguée à une population formidable qui accueille à bras ouverts des gens provenant des quatre coins du monde. C’est ce qui m’a motivée à m’établir ici et y élever mes enfants. En fait, le Canada adopte le multiculturalisme en tant que politique nationale. D’emblée, c’est ce que j’ai ressenti étant donné qu’on encourage la représentation des minorités sur le marché du travail et dans le domaine de l’éducation en plus de l’abondance de services de soutien offerts aux nouveaux arrivants comme moi.»
«L’endroit que je préfère au Canada est ma nouvelle résidence et ma nouvelle communauté vu ce qu’elles symbolisent dans mon parcours d’immigration. Or, si le pouvais, je revisiterais Banff en Alberta, un endroit bucolique, puisque nous avons célébré notre anniversaire de mariage, qui restera gravé dans ma mémoire, dans ce village pittoresque.»
Angelina Paras explique «normalement, je visite les lieux Canoo avec mon mari, mes enfants et ma belle-mère, qui habite à Toronto, mais qui vit avec nous à Winnipeg quelques mois pas année. Le meilleur endroit que Canoo m’a permis de visiter est le Musée canadien pour les droits de la personne (MDCP). J’ai visité le MDCP à plusieurs reprises, mais il offre toujours quelque chose de nouveau. En juillet 2019, j’ai utilisé mon application Canoo pour visiter l’exposition Mandela avec mon amie, provenant du Minnesota, qui me rendait visite. Cet État possède ses propres musées extraordinaires, mais j’étais fière de lui présenter le premier musée au monde à se consacrer aux droits de la personne. Nous nous sentions privilégiées de voir l’exposition sur Mandela à l’époque. Puisqu’elle est éducatrice et que je travaille pour l’Assemblée législative du Manitoba, nous devons non seulement satisfaire notre curiosité personnelle, mais nous devons également rester à l’affût des enjeux politiques! Les efforts de conservation et de recherche consentis dans ces expositions sont remarquable. D’ailleurs, en tant que winnipégoise, je me sens privilégiée d’avoir facilement accès à cette excellente institution.»
«Bien que j’œuvre auprès des gouvernements municipal et provincial, j’ai été assignée à remplir les fonctions de juré, ai été bénévole lors de nombreux événements et voté deux fois depuis mon arrivée, je crois que la participation citoyenne peut prendre différentes formes. En effet, il peut s’agir d’un geste aussi simple que d’accueillir des nouveaux citoyens ou assister à un match quelconque à l’école de votre enfant. Elle peut se concrétiser par la transmission d’une recette traditionnelle personnelle ou par le fait d’aider un membre du voisinage dans le besoin. À mon avis, lorsqu’on tente d’apporter davantage à la société dans laquelle on vit ce qu’on en retire représente le concept de participation citoyenne.»
Elle poursuit la conversation en disant que «l’inclusion transcende la notion de tolérance qui, à mon avis, signifie « endurer ». L’inclusion se traduit par l’accueil intentionnel d’autres personnes et de leur culture, c’est-à-dire leur laisser de la place et de faire preuve d’ouverture d’esprit. Il s’agit également de reconnaître et d’apprécier la contribution possible des autres.»
«Les lieux culturels agissent à titre de théâtre vivant en nous donnant un aperçu du mode de vie d’autrui. La sensibilisation ouvre la voie à l’inclusion, car elle permet aux gens de réaliser qu’ils vivent dans une grande société et que celle-ci foisonne de langues, de demeures, de mets, de croyances, de genres musicaux, de tenues vestimentaires, de traditions et de coutumes. En fait, les établissements culturels sont des kaléidoscopes du monde merveilleusement diversifié dans lequel nous vivons. «Canoo m’a ouvert les portes de lieux incontournables pour des nouveaux arrivants comme moi. Grâce à Canoo et à la générosité d’autrui, ma famille a pu jouir d’un aperçu des musées et des parcs nationaux, que nous visiterons de nouveau ultérieurement. »
Canoo donne aux nouvelles familles canadiennes l’accès à plus de 1 400 espaces artistiques et culturels et parcs dans tout le Canada. Si l’utilisation de Canoo est gratuite, son fonctionnement ne l’est pas. À titre d’organisme de bienfaisance, nous comptons sur les dons pour que Canoo reste gratuit pour les nouveaux·elles citoyen·ne·s canadien·ne·s comme vous. Grâce à votre généreux soutien, nous pouvons aider des milliers de nouveaux·elles Canadien·ne·s et leur famille à s’intégrer. Offrez Canoo en cadeau! Devenez un donateur mensuel dès aujourd’hui.
Rencontre avec Amjad Baig, membre de Canoo vivant à Toronto. Amjad a déménagé au Canada parce qu’il pense que c’est un pays où « les possibilités et le potentiel sont illimités et où vos rêves peuvent devenir réalité ».
« Le Canada est un pays véritablement multiculturel avec une riche diversité ethnique », dit-il, « Vous vous sentez accueilli et appartenez à ce pays. Les vues magnifiques sur l’environnement naturel et intact sont à couper le souffle et je n’en ai jamais vu de pareil jusqu’à présent. »
Amjad vit à Toronto, mais son endroit préféré au Canada est sur la côte ouest. « Même si je reste à Toronto, notre endroit préféré se trouve à deux heures de route au nord de Vancouver – Whistler », dit-il. « La beauté naturelle, les montagnes et les paysages époustouflants sont la meilleure des évasions. Il n’y a rien comme les montagnes et l’air pur pour se ressourcer et faire le plein. Il y a toujours des aventures inspirantes et des défis à Whistler. »
En 2019, alors qu’il était membre de Canoo, Amjad a visité avec sa famille la Casa Loma, l’un de ses lieux culturels préférés à Toronto. « Nous nous sommes rendus à la Casa Loma le 25 août 2019. C’était notre journée familiale », dit-il, « Nous avons vu des choses étonnantes comme le Grand Hall, la bibliothèque, les jardins de la propriété, la salle ronde (Round Room), la suite de Sir Henry Pellatt, la suite de Lady Pellatt, la salle Windsor, la salle de conférence Pellatt, le musée régimentaire du Queen’s Own Rifle, les écuries et enfin l’Automotive Museum. L’expérience était comme un voyage dans le temps, à certains moments nous nous tenions debout et imaginions simplement ce qu’aurait été la vie à cette époque, une histoire si étonnante. Notre lieu préféré était un espace de stockage secret à côté de la cheminée. »
Amjad est convaincu que des lieux culturels comme la Casa Loma peuvent contribuer à bâtir des sociétés plus inclusives : « Quand on vient de milieux culturels différents, on comprend mieux les autres et on apprend grâce aux connexions, ce qui nous aide bâtir une communauté plus résistante, plus forte et plus inclusive sur le plan social. »
« L’offre de Canoo est un geste à la fois attentionné et magnifique. Il permet à chaque nouveau citoyen de découvrir et d’en apprendre un peu plus sur le territoire, l’alimentation, la culture et la nature, en plus de permettre d’entrer en contact avec les gens », explique Amjad. « Canoo célèbre l’expérience d’être réellement canadien, non seulement pour célébrer le parcours d’un nouveau citoyen depuis son arrivée jusqu’à l’acquisition de sa citoyenneté, mais aussi pour reconnaître et récompenser ses efforts et sa contribution pendant cette période. Visiter les parcs et la Casa Loma était simplement fabuleux. Merci Canoo pour cette expérience mémorable! »
Canoo donne aux nouvelles familles canadiennes l’accès à plus de 1 400 espaces artistiques et culturels et parcs dans tout le Canada. Si l’utilisation de Canoo est gratuite, son fonctionnement ne l’est pas. À titre d’organisme de bienfaisance, nous comptons sur les dons pour que Canoo reste gratuit pour les nouveaux·elles citoyens canadiens comme vous. Grâce à votre généreux soutien, nous pouvons aider des milliers de nouveaux·elles Canadiens et leur famille à s’intégrer. Offrez Canoo en cadeau! Devenez un donateur mensuel dès aujourd’hui.
Voici Janega Boltiador-Gallant, une membre de Canoo. Originaire des Philippines, Janega a immigré au Canada et vit actuellement avec son mari sur la côte est de l’île du Prince-Édouard, son endroit favori au Canada. Janega a choisi de venir au Canada parce que c’est son « pays de rêve » et qu’elle voulait « vivre une vie meilleure ».
« Ce que j’aime le plus du Canada est que c’est un pays extrêmement productif, explique Janega, et que c’est ici que j’ai rencontré l’amour de ma vie! Je souhaite que l’on y vive ensemble encore plusieurs années, en bonne santé et heureux ».
Janega visite souvent les lieux du programme Canoo en compagnie de son mari. Les visites qu’elle a le plus aimées grâce à l’appli Canoo sont l’Anne of Green Gables Museum du lieu historique Green Gables Heritage Place, ainsi que le Lieu historique national du Canada de Port-la-Joye-Fort-Amherst, à l’Île-du-Prince-Édouard.
« Je suis retournée à quelques reprises au musée Anne of Green Gables avec ma famille », raconte Janega. « J’adore apprendre comment s’est déroulée l’histoire. Nous avons marché dans le sentier, c’était une belle expérience. Nous avons vu beaucoup de choses [qui ont façonné l’histoire] à Green Gables House et nous avons même pu porter les vêtements d’Anne. Nous avons pris quelques photos. C’était vraiment agréable ».
Janega reconnaît que les visites culturelles, comme les lieux patrimoniaux et les parcs, sont essentielles pour bâtir le sentiment d’inclusion et d’appartenance des nouveaux·elles citoyen·ne·s du Canada. « Les lieux culturels sont propices au partage de notre culture, explique Janega, et participer à des rassemblements sociaux en compagnie d’une multitude d’autres personnes de différents pays [nous permet de] d’en apprendre plus sur leur expérience et leur culture. Ce type d’inclusion m’envoie le message que je peux faire partie du succès de ce pays ».
Janega recommande chaudement à tout·e·s les nouveaux·elles citoyen·ne·s canadien·ne·s de télécharger et d’utiliser l’appli. « Elle vous donnera plus d’information sur toutes les merveilles de ce monde et les magnifiques endroits à visiter », explique-t-elle. « C’est très pratique! »
En prévision de la fête du Canada, nous avons passé une entrevue avec Joy Abasta, une nouvelle citoyenne canadienne originaire des Philippines, à propos de ce que la fête du Canada représente pour elle et de ce qu’elle a prévu pour souligner cette journée.
Cette entrevue a été modifiée pour des raisons de clarté et de longueur.
L’Institut pour la citoyenneté Canadienne : Comment prévoyez-vous célébrer la fête du Canada?
Joy Abasta: J’y ai beaucoup réfléchi, parce que la Journée nationale des peuples autochtones est célébrée le 21 juin et que c’est très proche de la fête du Canada, qui a lieu le 1er juillet. Avant, je célébrais toujours la fête du Canada, parce pour moi en tant qu’immigrante, c’est finalement l’occasion de célébrer avec les Canadiens. Je suis ici et tout le monde est libre. Nous essayons tous d’être justes et polis et nous sommes reconnus ailleurs dans le monde comme étant des gens sympathiques, qui disent toujours « merci » et « désolé·e ». Mais lorsque j’ai commencé l’école en septembre 2019 et que je me suis plongée dans les études autochtones, j’ai réalisé que l’histoire du Canada avait un côté particulièrement sombre. Maintenant, je suis un peu partagée.
Mon conjoint et moi en parlions juste ce matin… nous nous sommes demandé comment nous pouvions célébrer à la fois la culture autochtone et le Canada comme tel. Il a alors dit : « Oh, tu sais quoi? Nous pouvons aller faire un tour à Squamish puisqu’il y a aussi beaucoup d’histoire là bas. Puis, nous pourrons chercher des œuvres d’art autochtones, partir en randonnée et bien d’autres choses ». En plus, il y a une appli qui a été créée par le Dr Rudy Reimer, elle s’appelle Ímesh. Il suffit de l’ouvrir pour savoir sur quel territoire on est lorsqu’on se promène. Elle donne le nom de l’endroit et à quoi il sert, pour la cueillette de petits fruits ou pour la pêche et d’autres choses encore. C’est donc ce que nous allons probablement faire.
Qu’est-ce qui vous a poussée à vouloir découvrir les cultures et les communautés autochtones?
J’ai emménagé ici en 2014, et à l’époque, je ne savais rien de la culture autochtone. J’ai commencé à faire du bénévolat pour différents organismes et en 2016, j’ai travaillé comme bénévole au Centre de maintien de l’ordre communautaire de Vancouver, dans la partie ouest. Tout le monde parlait de la Marche de la réconciliation. Je me suis donc inscrite parce que j’avais besoin des heures de bénévolat pour le mois, puis j’ai réalisé que c’était pour les communautés autochtones. Je pense que c’est à ce moment-là que tout a véritablement commencé pour moi, cela a amorcer les discussions et a attisé ma curiosité.
Avant d’emménager ici, j’avais entendu dire tellement de bien à propos du Canada, comme « C’est mieux que les États-Unis parce qu’il y a des soins de santé ». Quand j’ai débarqué ici et que j’ai vu ce que je faisais au centre de maintien de l’ordre, j’ai été constaté ce qui s’était passé dans les communautés autochtones et ce qui leur était arrivé – l’assimilation, le génocide. C’était horrible. C’est toujours difficile d’en parler, même avec mes élèves à l’école, parce que moi aussi, je découvre tout cela. Pourtant, nous devons tous parler de ces moments difficiles. Depuis lors, chaque fois que je pars à la découverte d’une nouvelle ville au Canada, j’essaie de me faire un devoir d’aller voir s’il y a une œuvre d’art autochtone, peut-être un musée, ou quelque chose qui met en valeur l’histoire des communautés autochtones qui y vivent.
Qu’est-ce qui vous pousse à vouloir encore en apprendre davantage?
Je vois des similitudes entre ce qui s’est passé au Canada et ce qui s’est passé aux Philippines. Les Philippines ont aussi été colonisées, par les Espagnols. Aux Philippines, j’ai toujours entendu parler de la colonisation, mais c’est tout. Je n’ai pas réalisé le poids de ce mot, jusqu’à ce que j’emménage ici et que je réalise ce qui s’était passé pendant la colonisation et ce qui était arrivé aux peuples autochtones du Canada. Le Canada est mon pays et peut-être que je fais de la projection, mais je veux aussi être une alliée des populations autochtones. Je ne pourrai jamais ressentir le traumatisme qu’ils ont vécu, mais comme étudiante en santé publique, et je l’espère, comme fonctionnaire de la santé publique plus tard, je pense qu’il est vraiment important pour ma carrière de toujours penser aux personnes noires, autochtones et de couleur. Ici à Vancouver, ou en Colombie-Britannique, on en parle encore beaucoup. J’ai donc voulu devenir une alliée pour essayer de creuser davantage et amener les gens autour de moi à réfléchir à ce qui se passe autour de nous. La plupart du temps, les gens peuvent ignorer ce qui arrive aux autres autour d’eux, en particulier si ces autres ne sont pas de culture ou d’origine semblable.
Comment avez-vous découvert les communautés et les cultures autochtones?
Si je vais quelque part, comme à Whistler, je visiterai toujours les musées qui présentent l’histoire et la culture autochtones. Je crois que les musées ont été ma première ressource pour découvrir les populations autochtones. Puis, j’ai commencé l’école en septembre 2019, je le dois aux professeurs et aux superviseurs que j’ai eus, parce que je suis également un AE [aide-enseignante] en études autochtones. Dre Joyce Schneider, Dr Rudy Reimer et Dre Madeline Knickerbocker en savent beaucoup sur les études autochtones. Les Dres Rudy et Joyce sont membres de la communauté autochtone et Madeline est une blanche qui travaille depuis environ 10 ans sur les communautés Stó:lō en Colombie-Britannique. Je suis vraiment contente de les connaître.
En quoi est-ce que célébrer les cultures autochtones fait partie de la célébration de la fête du Canada? En quoi est-ce que cela n’en fait pas partie?
Nous devons célébrer la culture autochtone ainsi que les peuples et les communautés autochtones le jour de la fête du Canada. Je ne sais pas si le terme « célébrer » est adéquat, mais il faut simplement reconnaître qu’ils étaient ici les premiers, depuis au moins 12 000 ans avant l’arrivée des colons blancs ou des colonisateurs. À quoi servent la réconciliation et les autres actes de décolonisation que nous posons chaque jour si nous ne pouvons faire de la fête du Canada une célébration qui vaut la peine?
Comment êtes-vous restée en contact avec la culture et l’art autochtones pendant la pandémie?
Cela a été dur, c’est certain. Il existe une tonne de ressources en ligne et j’ai eu la chance d’être encore AE, de sorte que je me sens encore liée à mon soutien aux populations autochtones. Ce que j’ai fait cet été, jusqu’à présent, c’est d’apprendre à prononcer des mots ou des termes précis dans une langue autochtone. Je crois qu’il y a plus de 600 langues autochtones au Canada, mais ici à Vancouver, la langue principale est le hul’q’umi’num’. J’essaie d’apprendre à dire « bonjour » et « merci », vous savez, des mots de base dans leur langue. Les langues autochtones sont en train de mourir; peu de peuples autochtones savoir les parler, en raison de la colonisation et de l’assimilation. Donc, moi, je veux juste essayer de faire un effort pour apprendre ces mots courants, parce que la langue fait vraiment partie intégrante de la culture de chacun.
Les circonstances actuelles imposent que nous redoublions d’efforts pour nous attaquer au problème flagrant du racisme systémique. Au regard de cet enjeu, nous nous posons la question suivante : quel rôle les établissements de formation professionnelle et d’enseignement régulier pourraient-ils assumer afin de préparer les muséologues à combattre les valeurs, les pratiques et les systèmes qui perpétuent le racisme au sein de nos institutions culturelles?
Nous avons discuté avec Megan Sue-Chue-Lam, Chloé Houde, Dominica Tang et Denise Tenio qui ont créé l’association Museum Professionals of Colour (MPOC) en février 2019. Ensemble, ces étudiantes dirigent une organisation vouée à corriger le manque de diversité ethnique dans leur programme de maîtrise en études muséales (MMSt) à la faculté de l’information de l’Université de Toronto. Lors de cette entrevue, elles nous ont parlé de leur parcours, leur travail ainsi que de leur vision de la diversité, l’équité, l’inclusion et l’accessibilité (DEIA) dans les musées.
[Photo : Le Detox Panel a eu lieu en partenariat avec la Museum Studies Student Association. Wendy Ng, J’net Ayay Qwa Yak Sheelth et Just John Samuels.]
Pourquoi avez-vous fondé l’association Museum Professionals of Colour (MPOC)?
Megan : Le domaine muséal, qui englobe notamment notre programme, est constitué principalement de personnes blanches au Canada. Je voulais en discuter avec les autres personnes de couleur (PDC) dans programme parce que j’éprouvais un vif sentiment d’isolement pendant nos cours et que je doutais que ceux-ci me prépareraient vraiment à ma carrière étant donné que je ne suis pas blanche. J’utilise le terme PDC car les personnes noires et autochtones sont très peu représentées et qu’il est impossible que tout le monde souhaite ou soit en mesure de faire partie de ce groupe. Il existe une bonne camaraderie entre tous les pairs, mais la présence des personnes de race blanche et d’origine européenne prédomine le contenu et l’enseignement de nos cours. Tous nos professeur·e·s sont de race blanche et ne peuvent donc pas nous conseiller sur la réalité d’une PANDC en muséologie. Alors, le besoin d’éprouver un sentiment d’appartenance, d’approbation et de soutien m’a poussée à agir.
Je souhaitais aussi former un groupe en vue de tisser notre propre réseau de PANDC oeuvrant en muséologie afin d’éviter aux prochain·e·s étudiant·e·s de notre programme de subir ce même sentiment d’isolement. D’ailleurs, selon les propos de diplômé·e·s, il s’agirait d’une initiative que bon nombre d’étudiant·e·s désiraient voir se concrétiser. Au bout du compte, nous aspirons réussir dans le domaine muséal parce que nous croyons fermement en l’influence bénéfique des musées.
Existait-il une association étudiante de ce genre auparavant?
Dominica : Il y a quelques années, le programme de MMSt disposait d’un groupe offrant occasionnellement du soutien aux étudiant·e·s de couleur, mais ce dernier s’est dissous après la graduation de ses membres. Dans le souci d’offrir aux futur·e·s étudiant·e·s de couleur une soutien, nous avons décidé de jeter les bases de notre organisation et de l’inscrire à titre d’association étudiante approuvée à l’Université de Toronto. À l’échelle mondiale, il existe maintes organisations indépendantes d’envergure qui s’attaquent au manque de diversité dans les musées. Nous nous sommes inspirées notamment du Museum Detox, une organisation indépendante qui appuie les professionnel·le·s du monde muséal de race noire, asiatiques et issu·e·s des minorités ethniques, comme modèle à instaurer au Canada.
Denise : Or, dans la plupart des cas, les membres du personnel d’un musée composent leur propre comité de DEIA et leurs activités se bornent à leur établissement. Nous attendons toujours l’arrivée d’une organisation vouée à la DEIA au sein des musées canadiens. Cela dit, si vous en connaissez une, veuillez nous en faire part! En revanche, nous avons trouvé de l’aide dans la faculté de l’information auprès du Diversity Working Group, rattaché au programme de maîtrise en sciences de l’information.
Puisqu’il s’agit d’une nouvelle initiative, comment décririez le processus jusqu’à présent?
Chloé : Dans l’ensemble, ce processus nous a entraînées dans un tourbillon (positif) qui nous a permis de réaliser que la portée des enjeux que nous voulons aborder dans notre faculté s’étend en réalité aux musées d’un bout à l’autre du pays.
Malgré tout, nous nous estimons chanceuses de baigner dans un environnement où nous pouvons compter sur l’appui de nos pairs et d’autres associations étudiantes qui souscrivent à nos principes. De surcroît, la Museum Studies Student Association de notre programme nous a prêté son concours depuis le début. Elle nous a invitées à participer à une table ronde, qui fut le premier grand événement auquel nous avons pris part. En mars, nous avons coanimé la table ronde intitulée « Museum Detox: Cleansing institutions of unconscious bias and developing anti-racist praxis ». À l’occasion, nos formidables panélistes Wendy Ng, J’net Ayay Qwa Yak Sheelth et Just John Samuels ont pris la parole. Cette table ronde a contribué à forger la réputation de la MPOC à titre d’association étudiante sérieuse au sein de la faculté de l’information en plus d’attirer l’attention de celle-ci à notre égard.
D’autres associations étudiantes prônant les valeurs de DEIA auprès de notre faculté, telles que le Accessibility Interests Working Group et le Indigenous Connections Working Group, nous ont manifesté leur appui et leur désir de collaborer avec nous. Au cours des derniers mois, notre coopération avec ces associations sur de nombreux projets fut valorisante. En outre, étant donné que nous visons des objectifs semblables, nous savons que nous pourrons unir nos forces en cas de difficultés.
Les médias sociaux nous ont permis de rencontrer des gens solidaires à notre cause avec qui nous pouvons élargir nos horizons en tant que groupe. Nous sommes impressionnées d’avoir déniché une communauté à l’extérieur de notre faculté qui croit en notre mission et nos valeurs, et qui souhaite nous aider à améliorer l’inclusion et l’équité dans le secteur muséal.
Quelles données portant sur la DEIA liées à votre programme ou au secteur muséal pouvez-vous nous fournir?
Dominica : Il nous est difficile de transmettre des données concernant le secteur muséal vu l’absence d’étude exhaustive menée au Canada sur le sujet! Aussi, puisqu’il s’agit d’un domaine qui privilégie les données concrètes aux expériences vécues, le manque de données nuit au progrès en matière de DEIA dans les musées canadiens. Dans notre programme, environ une personne sur six (approximativement 17 %) appartient à une minorité visible. Comparativement à 51 % de la population de Toronto issue des minorités visibles, notre programme est disproportionnellement représenté par des personnes blanches et ne reflète pas du tout la diversité torontoise.
Denise : Nous avons récemment recueilli des données auprès de 125 étudiant·e·s et diplômé·e·s de la faculté de l’information dans l’optique d’évaluer la portée des valeurs de DEIA à l’université. Cette collecte a été menée de concert avec d’autres associations étudiantes, à savoir : le Diversity Working Group, le Accessibility Interests Working Group, le Indigenous Connections Working Group, le Master of Information Student Council et la Museum Studies Student Association. Les réponses des 125 personnes interrogées démontrent que : (1) moins de 30 % d’entre elles se sentent soutenues par leurs pairs et professeur·e·s; (2) moins de 4 % des répondants croient qu’il n’y a pas suffisamment de cours abordant la réalité des PANDC, des LGBTABI et des personnes atteintes de déficience; (3) moins de 1 % des sujets interrogés jugent que les discussions en classe concernant la colonisation, l’emploi de termes racistes et les besoins en matière d’accessibilité sont convenablement menées; (4) seulement 14 % des répondants se sentent à l’aise de participer à ces conversations; (5) 86 % des personnes interrogées estiment que le personnel et les étudiant·e·s profiteraient d’une formation contre l’oppression. Ces résultats obtenus à la faculté comprennent, sans s’y limiter, le programme de MMSt.
Le manque de diversité chez les institutions culturelles perdure depuis fort longtemps. Quel type de formation théorique pourrait aider à régler ce problème? Quel rôle incomberait aux muséologues?
Chloé : Nous pensons que les solutions aux préoccupations dans les musées résident à l’université où les muséologues reçoivent leur formation et qu’elles comportent davantage de discussions théoriques concernant les futurs lieux de travail. À ces fins, nous n’avons ménagé aucun effort pour diversifier notre faculté à plusieurs égards. Tout d’abord, il faut diversifier le corps étudiant. Il incombe à l’université de recruter et d’admettre un nombre accru de PANDC en qualité d’étudiant·e·s. Ensuite, l’embauche de PANDC à titre de membres du personnel exercerait une influence très positive. Néanmoins, afin d’éviter toute marginalisation et tout environnement de travail et d’apprentissage toxique, la faculté est tenue d’inculquer une culture d’inclusion et d’équité propice à l’épanouissement du personnel et des étudiant·e·s appartenant aux PANDC. Une telle mesure favoriserait la baisse racisme et de la discrimination. Finalement, proposer une diversité dans les cours et programmes qui nous sont offerts nous tient fortement à cœur, car nous souhaitons profiter d’un enseignement de qualité qui nous aidera vraiment à nous préparer à notre éventuelle carrière.
Megan : Bien que la formation universitaire constitue une bonne base pour agir, le travail se résume à cela : agir. L’éducation en soi ne mène nulle part. Nous devons nous en servir pour laisser les personnes marginalisées s’exprimer. Ce travail ardu exigera que les gens sacrifient leur confort et leur sécurité, mais prêter main-forte à autrui signifie de porter une partie du fardeau de la lutte que ces personnes mènent depuis leur naissance. La tâche pourrait impliquer de confronter les gens vis-à-vis leur comportement raciste en l’absence de PANDC, laisser les PANDC prendre les rênes de projets et seconder leurs efforts, et même quitter vos fonctions si vous remarquez que votre équipe de direction ne comprend que des membres de race blanche et exclut les personnes de race noire et les Authochtones.
Chloé : Pour renchérir les propos de Megan, ces gestes se veulent une solution pour condamner le racisme institutionnel et l’éradiquer. Ces devoirs ne marquent que le début du travail à réaliser, et non de vulgaires points à cocher sur une liste. C’est un processus de longue haleine que nous devons respecter dans tout ce que nous accomplissons, en théorie et en pratique.
Qu’entrevoyez-vous pour la MPOC?
Denise : À l’heure actuelle, nous avons fixé deux objectifs pour la MPOC et nous remuerons ciel et terre pour les atteindre au cours de la prochaine année scolaire. En premier lieu, nous voulons assurer que la MPOC continuera d’exister à la faculté après avoir obtenu notre diplôme du programme de MMSt. Comment nous l’avons mentionné précédemment, cette organisation constitue principalement un groupe de soutien pour les muséologues de couleur. Non seulement fonder la MPOC nous a aidées à dénoncer la présence du racisme systémique dans le secteur muséal et dans notre programme, cette initiative nous a permis de nous sentir davantage vues et entendues qu’avant de créer la MPOC. Nous souhaitons que les futur·e·s étudiant·e·s jouissent du même niveau de soutien et de visibilité lors de leurs études en MMSt. Qui mieux est, ces futur·e·s diplômé·e·s sauront qu’une communauté les accueilleront pour les aider à surmonter les écueils de ce domaine à titre de muséologue sous représenté·e.
Dominica : Notre deuxième objectif vise à nous établir en qualité d’organisation indépendante en marge de l’Université de Toronto. Nous nous passionnons pour notre travail auprès de la MPOC et nous demeurons déterminées à y consacrer du temps après avoir décrocher notre diplôme l’année prochaine. Nous voulons élargir le groupe à l’échelle nationale et, par l’entremise de la prestation de programmes, d’événements et autres campagnes, nous espérons tisser un large réseau de soutien aux muséologues de couleur partout au Canada. Il nous reste encore beaucoup d’aspects à étudier, mais nous nous inspirons énormément du Museum Hue et du Museum Detox, de même que d’autres organisations comme les associations d’archives et de bibliothèques qui disposent de sections auprès d’établissements scolaires. Nous aspirons aussi à établir des sections de la MPOC parmi les différents programmes d’études muséales d’un bout à l’autre du pays.
Qu’envisagez-vous pour votre carrière à titre de muséologues?
Dominica : Idéalement, tout le monde appliquerait le concept de DEIA dans l’ensemble des musées et des aspects de ceux-ci. Peu importe nos futures tâches, qu’il s’agisse la gestion des collections ou de la recherche pour les visiteu·r·euse·s, notre travail s’articulera toujours autour de la DEIA. Dans le secteur muséal, j’aime travailler avec les personnes du public, surtout en ce qui la programmation d’immersion et multisensorielle. En ce moment, ceci se déroule dans le cadre de l’histoire de la cuisine, mais j’espère mettre en oeuvre des expériences multisensorielle afin de rendre les musées plus sympathiques, inclusifs et accessibles.
Megan : J’aime également le travail de première ligne dans les musées et je me vois travailler en éducation et dans la programmation destinée au public. Ce sont les aspects qui suscitent habituellement le plus l’intérêt du public, et donc très valorisants. Il s’agit aussi d’un milieu où plusieurs PANDC employées dans les musées travaillent. Malheureusement, la pandémie de COVID-19 a démontré que ces postes figurent parmi les moins indispensables. Voilà pourquoi le concept de DEIA s’avère essentiel dans toutes les facettes du secteur muséal. Les musées sont gérés de manière inéquitable et la situation des PANDC demeure précaire. Il importe que davantage de PANDC occupent des postes de direction pour ressentir un véritable vent changement.
Denise : Bien que j’adore la programmation destinée au public, j’aimerais m’occuper de la planification de l’interprétation et m’impliquer davantage dans le processus d’élaboration des expositions. En fait, les planificat·eur·trice·s de l’interprétation organisent l’information que les conservateur·trice·s leur fournissent de manière à créer un synopsis et trouver le bon angle pour présenter l’information au public. Lors de l’élaboration d’une exposition, les planificat·eur·trice·s de l’interprétation se posent des questions du genre : L’histoire de quelle personne présentons-nous? L’histoire de quelle personne excluons-nous? Qui racontera ces histoires? Est-ce que l’information, le texte et la stratégie sont accessible à tou·te·s? Au bout du compte, le concept de DEIA fait partie intégrante de cet aspect muséal.
Chloé : Comme Denise, je m’intéresse à la planification de l’interprétation au sein des musées. J’apprécie la gestion des collections, mais je me vois vraiment planifier l’interprétation des expositions et toucher à la manière dont les visiteu·r·euse·s s’imprègnent de l’information présentée. Pour citer Denise, la nation de DEIA se retrouve au cœur de la planification de l’interprétation et devrait se retrouver au cœur de toute entreprise muséale. Je me passionne aussi pour l’histoire orale et je crois qu’il s’agit d’une méthode sous-utilisée dans les musées. Les valeurs intrinsèques à l’histoire orale (un genre de pouvoir de communication) peuvent grandement aider les musées à nouer des liens forts avec les membres de la communauté et faire des musées des endroits où les gens constatent que leur histoire est valorisée et transmise pour la postérité. En tant que femme blanche, il m’incombe de toujours appliquer des principes anti-racistes dans tout ce que je réalise.
Rencontre Violeta, membre Canoo. Elle a décidé de déménager au Canada pour « la beauté de la nature, les montagnes et les lacs ainsi qu’en raison de l’économie robuste et des perspectives commerciales. »
Parmi ses coups de cœur au Canada, Violeta dit adorer « les gens, la diversité, la convivialité et… la poutine! » Son endroit préféré au Canada est le parc national du Canada Banff en Alberta.
De plus, Violeta révèle que sa visite du Centre des sciences de Montréal avec sa famille constitue sa préférée de celles qu’elle a effectuées à l’aide de son application Canoo. D’ailleurs, elle précise à ce sujet : «Tous les membres de ma famille aiment réaliser des expériences simples de même que participer à des activités concrètes et le centre en regorge ». « Nous avons visité des expositions extraordinaires qui ont diverti les petits et les grands. Nous nous ne étions pas rendu compte que presque trois heures s’étaient écoulées depuis notre arrivée. Malgré tout ce que nous avons vu, nous regrettions de partir puisqu’il nous restait tant de choses à découvrir. Bref, il s’agit un musée génial! »
Aux yeux de Violeta, la citoyenneté active signifie d’« apporter sa contribution à la société en manifestant de la gentillesse et du respect, en protégeant l’environnement, en aidant autrui et en exerçant une influence positive chaque fois que l’occasion de présente. » Elle croit que les espaces culturels nous aident à construire des sociétés qui favorisent la diversité et l’inclusion : « Les lieux culturels nous présentent une vision différente des choses. Ils nous offrent la chance de découvrir la perception d’autrui du monde. Il s’agit d’un moyen de se souvenir du passé et d’en tirer des leçons. »
Violeta affirme : « Mon expérience de Canoo s’avère très positive. J’ai eu la chance de visiter de nombreux endroits (dont certains m’auraient été inaccessibles sans la carte Canoo) qui me permettent d’élargir mes horizons. »
Joy Abasta, membre de Canoo, est devenue citoyenne canadienne en février 2020. Elle dit avoir choisi le Canada en raison de la diversité du pays, de son désir d’inclusion et de son grand respect pour les droits et libertés des personnes.
Comme nouvelle citoyenne, Joy cherche activement à en apprendre toujours plus sur les peuples autochtones du Canada et elle sait que c’est à la fois un privilège et une responsabilité d’apprendre sur le peuple salish de la Côte et de vivre sur son territoire. Elle croit également que si les immigrant·e·s et les nouveaux·elles citoyen·ne·s ont beaucoup à donner à la société canadienne, il est tout aussi important de travailler de concert vers la décolonisation et la réconciliation avec les peuples autochtones, afin de devenir un pays véritablement inclusif et progressiste. Comme dirigeante en santé publique, elle milite en faveur et contribue à bâtir des communautés compétentes sur le plan culturel et sensibles à l’égalité des sexes en Colombie-Britannique et, elle l’espère, partout ailleurs au Canada.
L’endroit préféré de Joy au Canada est Whitehorse, au Yukon. « Une semaine après mon serment de citoyenneté en février 2020, mon partenaire, Wesley, et moi avons pris un vol pour Whitehorse, au Yukon », explique-t-elle. « Là-bas, nous avons chassé les aurores boréales, rencontré un Ranger canadien et expérimenté le traîneau à chiens et la motoneige. J’ai découvert le trappage et j’ai eu l’occasion de toucher et de porter des vêtements faits de fourrure véritable de renard arctique, de vison et de loup. Le plus inoubliable a été lorsque nous avons visité le Centre d’interprétation de la Béringie, où nous en avons appris davantage sur les peuples autochtones et les théories de la migration de population par le pont de glace du détroit de Bering, en plus d’admirer les restes d’un mammouth laineux, de paresseux et de tigres à dents de sabre ».
Lorsque les restrictions de déplacement dues à la pandémie seront levées, Joy prévoit de visiter d’autres provinces et d’utiliser son statut de membre de Canoo pour visiter des musées et des galeries d’art. Elle espère découvrir les beautés et trésors cachés de Winnipeg, de Toronto et des Maritimes.
Joy est d’avis que les lieux culturels et d’art public jouent un rôle crucial pour la sensibilisation et l’inclusion : « Ces lieux culturels servent de canal pour transmettre des connaissances sur l’histoire du pays, ses traditions, ses éléments culturels et même son passé plus sombre. L’inclusion sociale ne sera possible que si l’on apprend de l’histoire et que nous accueillons vraiment chacun et chacune, sans égard à la couleur de sa peau, à son ethnie, à son sexe ou à sa classe sociale ».
Mariam Ghaffar, membre de Canoo, a immigré du Pakistan au Canada il y a environ cinq ans. Elle a choisi de s’installer à Calgary pour la simple raison qu’elle avait de la famille dans la ville. Elle a obtenu sa citoyenneté canadienne en juin de cette année. Mariam est ravie d’être une citoyenne active, et pour elle, la citoyenneté active est synonyme de « remplir mes devoirs et connaître mes droits » en tant que Canadienne.
Ce que Mariam aime le plus au Canada (et à Calgary en particulier), c’est la convivialité des gens, la grande diversité et le multiculturalisme, ainsi que la propreté de l’environnement et des espaces naturels. Elle utilise régulièrement l’appli Canoo pour obtenir une entrée gratuite d’un jour dans les parcs nationaux et provinciaux de l’Alberta pour elle-même et ses trois enfants. Parmi les nombreux parcs qu’elle a visités, ses préférés sont le parc national de Jasper et le parc national des Lacs-Waterton. « C’est si beau! » lance-t-elle à propos des Lacs-Waterton, « Les lacs, les rochers, tout est magique! »
Bien que tous les parcs nationaux et provinciaux soient temporairement fermés pour l’instant, Mariam est impatiente de retourner dehors lorsque le temps sera plus clément et que les restrictions seront levées. Elle espère obtenir quelques visites supplémentaires avec son application Canoo (qu’elle qualifie « d’excellente ») avant l’expiration de son adhésion.
Le livre de Samra Habib intitulé We Have Always Been Here: A Queer Muslim Memoir, nous interpelle au plus profond de nous-mêmes. La couverture est aussi flamboyante, éloquente, directe et intrigante que les mots que l’ouvrage renferme. Le public est projeté dans l’enfance personnelle de l’autrice, de l’aventure de son émigration aux expériences chaotiques, magnifiques et compliquées qui ont façonné la personne qu’elle est aujourd’hui, au fil de ce récit aux airs de journal intime.
L’histoire débute au Pakistan, alors que l’on fait la connaissance de Samra et de sa famille, de ses goûts, des agissements que ses parents récompensaient ou punissaient, de ses frustrations, de ses passions, de ses buts et de ses rêves. Samra tisse ainsi la trame de fond qui permet au lecteur·trice de plonger dans ses origines et influences pour mieux les comprendre. L’écriture, marquée d’émotions brutes et palpables plutôt que narrées et réfléchies, rappelle celle d’un journal intime.
Attention toutefois : celles et ceux qui s’attendent à un récit sur « l’immigrante parfaite » ayant échappé à son pays natal en quête d’une vie meilleure au Canada et aveuglément reconnaissante pour sa nouvelle liberté seront déçus. Bien entendu, avec le recul, Samra est reconnaissante, mais jamais elle ne dépeint le Pakistan comme un pays dont elle voulait s’échapper. En fait, elle repense à cette époque de sa vie avec beaucoup d’affection.
L’enfance de Samra au Canada est plutôt difficile, douloureuse et isolée. Elle et sa famille subissent racisme et discrimination. Samra témoigne des difficultés de sa famille à s’adapter, à trouver du travail, à payer les factures et à s’intégrer à la communauté. Elle relate les mêmes écueils que rencontrent vos parents, non seulement sur les plans financier et social, mais aussi comme cibles de cette discrimination et de ce racisme, qui laissent parfois des cicatrices profondes chez les enfants, particulièrement au cours de leur adaptation à une nouvelle langue, une nouvelle culture, un nouveau mode de vie.
En tant que personne ayant immigré au Canada dans mon enfance, je me reconnais dans l’histoire de Samra. Constater jour après jour le jugement envers l’accent de ma mère, la réaction des étrangers de notre immeuble à l’odeur de notre cuisine ou encore les regards que recevaient mes parents lorsqu’ils discutaient en persan en public m’a appris ce qui était accepté ou non dans la culture canadienne. Cela m’a poussée à éliminer mon accent, à refuser les merveilleux plats que cuisinait ma mère et à ne prononcer aucun mot de persan en présence d’anglophones. Douloureusement, j’ai intériorisé une honte de mes origines ethniques, une honte dont je tente toujours de me défaire.
Samra suit un parcours semblable. Pour éviter d’être ridiculisée, elle fait des concessions jusqu’à ce qu’en vieillissant, elle se sente assez en sécurité pour révéler des pans plus authentiques de sa personnalité, par exemple son sens absolument unique de la mode (inspiré en partie de ses racines pakistanaises). Le parcours de Samra se résume à apprendre, à désapprendre, puis à réapprendre. Dès son plus jeune âge, elle apprend ce qui est important pour sa famille, ses racines culturelles et traditions, et par la suite, elle apprend à connaître son entourage canadien. En grandissant, elle commence à ébranler ses certitudes et à les remettre en question, pour elle-même et parfois même pour les autres. Si son apprentissage est teinté de confusion et de tristesse, il entraîne aussi son lot d’effervescence et de croissance. Elle vit des amours et des ruptures si chaotiques que l’on pourrait croire que cela nuit à son développement. Parfois choquant, son récit n’en demeure pas moins extrêmement pertinent. Elle se lance dans de nouveaux modes d’expression, notamment la photographie, et consacre ses énergies et son intelligence à raconter des histoires sur cette plateforme. Elle s’interroge sur sa sexualité et l’explore, non pas uniquement selon l’angle de l’altersexualité (queer), mais aussi sur la signification de l’attachement à un autre humain, aussi bien physiquement que mentalement. Voilà ce qui constitue son « désapprentissage » : l’ouverture, la vulnérabilité, les nouvelles expériences et la remise en question des normes.
C’est à l’étape de réapprentissage que nous quittons Samra. Elle découvre les milieux et communautés altersexuels de Toronto et trouve le moyen d’aborder le sujet avec sa famille. Elle trouve réconfort, amitié et surtout, inspiration auprès d’autres personnes altersexuelles sud-asiatiques et musulmanes. Non seulement ces nouvelles découvertes lui apportent un sentiment d’appartenance et d’utilité, mais elles attisent d’autant son désir de visibilité : elle souhaite que ces histoires soient racontées, entendues et immortalisées en textes, en photographies, en vidéos, en musique, etc.
L’ouvrage We Have Always Been Here rend tangible ce que vivent – peut-être pas tous les immigrant·e·s – mais du moins celles et ceux qui s’approprient le texte et s’y reconnaissent. En tant qu’immigrante de première génération, certaines parties du livre m’ont presque arraché un cri : j’aurais voulu crier les mots de Samra sur tous les toits, raconter son histoire à d’autres personnes… parce que c’était aussi mon histoire. Elle met des mots sur mes sentiments complexes et mes expériences chaotiques. Samra connaît ce douloureux parcours qui consiste à apprendre, désapprendre puis réapprendre; elle a choisi de nous le partager. Cela dit, son histoire n’est pas celle de tout le monde. Elle constitue simplement une trame de fond empreinte d’une volonté d’appartenance à une communauté, un appel à lire ce mémoire et à s’y identifier. We Have Always Been Here est la preuve qu’une expérience de vie, une histoire n’est parfaite que si elle est manipulée, contrôlée ou diluée; dans le pire des cas, elle n’existe tout simplement pas. Cette histoire, c’est la réalité de l’existence, des liens humains, bref, le fait de vivre ne serait-ce qu’un peu mieux avec soi-même.