Les arts et la culture traversent une période difficile. Le volume des annulations et des fermetures a amené de nombreuses organisations, d’une part, à réagir rapidement aux changements soudains et, d’autre part, à se demander sérieusement à quoi ressemble leur avenir. Les défis sont permanents, car les musées, les galeries, les festivals et les théâtres sont confrontés chaque jour à des décisions difficiles. Dans cette optique, c’est la deuxième question à laquelle nous souhaitons consacrer cette édition du bulletin, autant en guise de baume contre toute cette détresse, et aussi pour faire le point sur ce qui nous attend.
Sans détourner l’attention des défis plus immédiats, nous devons nous demander quelles seront les implications à long terme de ces ajustements et, dans certains cas, de ces changements spectaculaires. Cette crise va-t-elle transformer le secteur des arts et de la culture?
Nous avons demandé à différents dirigeants du secteur des arts et de la culture de nous faire part de leurs réflexions sur ce qu’ils considèrent comme des pistes possibles pour l’avenir. Leurs réponses offrent une diversité de perspectives et indiquent différentes possibilités d’action. Voici ce qu’ils ont à dire.
Il est trop tôt pour dire exactement ce que cette pandémie aura laissé dans son sillage. Nous sommes peut-être à l’aube d’un changement de paradigme dans le mode de fonctionnement des musées.
Pendant la pandémie, nous avons vu certains musées pivoter rapidement, offrant des ressources virtuellement accessibles. Ces contributions renforcent la valeur des musées et le rôle essentiel qu’ils peuvent et doivent jouer dans la société.
Cela étant dit, les musées risquent de ne pas pouvoir jouer leur rôle si indispensable. Plusieurs ont fermé leurs portes, des expositions ont été annulées, les collections ne bénéficient pas du soin constant qui leur est normalement accordé et bon nombre de travailleurs ont été licencié·e·s. Nous nous inquiétons également pour les plus touchés, les nombreux petits musées.
Nous apprécions les efforts de secours du gouvernement, mais ils ne sont pas suffisants pour assurer la viabilité du secteur. Nous plaidons donc en faveur d’un fonds de secours dédié aux musées pour soutenir les pertes de revenus et d’un fonds de développement d’urgence pour les activités numériques. Nous continuons également d’exercer de la pression pour actualiser la politique nationale des musées, vieille de 30 ans. Si le financement se situait à des niveaux raisonnables et si la politique était modernisée, les musées pourraient ostensiblement être mieux armés pour faire face à la situation.
Il ne fait aucun doute que le secteur des musées devra s’adapter à une nouvelle réalité. Je garde l’espoir qu’avec un soutien adéquat et des politiques modernisées, l’avenir de notre secteur est prometteur.
En ce moment, beaucoup d’entre nous sont en mode de réponse rapide. Mais, pour ceux d’entre nous qui ont un peu de capacité, j’espère que nous aurons le temps de rêver à l’avenir. Voici un article que j’ai écrit sur la façon de ralentir, de faire le point et de réimaginer mon rôle dans la construction d’un avenir plus équitable.
La question que je me pose est la suivante : comment voulons-nous nous transformer à long terme à cause de cette crise? Quels nouveaux avenirs voulons-nous créer? Si nous reconnaissons que le « normal » n’est pas totalement équitable, comment pouvons-nous changer cela?
À cause de ces questions, je passe beaucoup de temps à visualiser. Pour les organisations culturelles en particulier, je pense qu’il est important de réfléchir à la façon dont nous prévoyons notre réouverture et aux partenaires que nous voulons pour y parvenir.
Si vous avez cinq minutes, je vous invite à écrire un texte en imaginant ce jour lumineux et comment le monde pourrait être différent. Cela pourrait vous aider à déterminer ce que vous souhaitez le plus faire ensuite.
La COVID-19 oblige l’industrie de la musique dans son ensemble à prendre du recul et à réévaluer la façon dont les musiciens et le public interagissent entre eux.
Une grande partie des revenus de la musique est construite autour de grands rassemblements d’humains dans des espaces confinés. Et les professionnels de la médecine et de l’industrie musicale sont d’avis que nous ne pourrons probablement pas refaire cela avant un certain temps.
C’est peut-être ici que le changement devrait s’opérer, et à ce chapitre, nous avons tous·tes un rôle à jouer.
Au cours des dernières années, l’industrie de la musique s’est efforcée de trouver des moyens de rester pertinente. Les maisons de disques devenaient des sociétés de gestion d’artistes et les grands promoteurs de concerts possédaient toutes les radios commerciales. Maintenant que nous sommes en confinement, nous voyons encore combien la musique reste pertinente alors que les régulateurs « gatekeepers » à qui profitent l’art deviennent de moins en moins pertinents.
En tant que consommateur·trice·s de musique, nous avons le pouvoir d’engager et de soutenir nos artistes préférés directement par le biais de portails numériques créés par et pour les artistes. Nous avons le pouvoir collectif de soutenir localement et d’aider les artistes émergent·e·s et à mi-carrière à s’épanouir tant sur le plan financier que créatif.
Et les artistes doivent non seulement s’adapter à la technologie, mais aussi étendre les contraintes de ces plateformes par une pensée créative et peu orthodoxe. Les musiciens doivent devenir des créatifs complets, capables non seulement d’écrire et d’interpréter des chansons, mais aussi d’offrir des visuels accrocheurs et des expériences théâtrales fondées sur des méthodes et un esthétique pluridisciplinaire.
Le retour à l’autonomisation directe des communautés artistiques locales de base est une étape tangible vers une économie artistique équitable et inclusive.
La COVID-19 a déjà beaucoup transformé le secteur des arts et de la culture. De la crainte des licenciements aux réductions budgétaires prévues dans un avenir proche, le secteur des arts et de la culture est confronté à une grande incertitude.
Toutefois, de cette incertitude naîtront des possibilités.
Ce qui est devenu évident dans la crise de la COVID-19, c’est l’importance du contact humain dans un contexte qui limite nécessairement notre capacité à nous connecter en personne. Dans ce contexte, le secteur des arts et de la culture peut jouer un rôle clé dans la création et le maintien de liens humains.
En tant que tel, la COVID-19 peut en effet servir de catalyseur pour un engagement revigoré de la part des institutions culturelles afin d’encourager l’empathie, la compréhension et la connexion, et ce de façon innovante. Par exemple, encourager les institutions à expérimenter de nouveaux moyens à distance de se connecter et de partager des histoires n’est qu’une des façons dont l’axe de notre travail a déjà changé; à mesure que cette crise prend de l’ampleur, elle peut aussi engendrer des innovations en matière de prestation et de communication pour l’ensemble du secteur.
Les nouveaux formats de distribution et de communication visant à favoriser les liens humains peuvent également nécessiter d’autres changements au sein du secteur, au-delà de l’immédiat. Par exemple, il peut être nécessaire de mettre davantage l’accent sur l’engagement numérique et de retenir les spécialistes dans le domaine de la conception et de la diffusion en ligne. En outre, la compréhension des obstacles à l’accès auxquels beaucoup sont confrontés dans un monde numérique révèle une profonde inégalité structurelle et exigera certainement des institutions et des professionnel·le·s qu’ils trouvent des moyens innovants pour renforcer l’inclusion et la participation.
Nous sommes unanimes pour considérer cette période de COVID terrible pour l’humanité. Elle met des vies en danger, fragilise les plus démunis, créé une angoisse collective majeure notamment dans le secteur des arts qui perd tous ses repères. Cette période est violente à bien des égards, mais elle pourrait être le terreau d’une transformation profonde : remettre le sens au centre de nos existences et de nos organisations.
Le psychiatre Viktor Frankl, en sortant des camps en 1946, a écrit sur l’importance du sens comme véritable lieu de résilience. Selon lui la question n’était pas : qu’est-ce que j’ai à attendre de la vie, mais plutôt qu’est-ce que la vie attend de moi? Prendre en considération ce qu’on peut donner plutôt que ce qu’on ne reçoit pas, pour donner un sens. Reporté à une organisation culturelle, cela nous aide à nous poser les bonnes questions :
Que veut-on cultiver ?
De quoi et de qui voulons-nous prendre soin individuellement et collectivement ?
Pourquoi fait-on de l’art vivant? Pourquoi ? Pourquoi ?
Où est notre pouvoir ? Quelle est notre responsabilité ?
Où sont les besoins ?
Qu’est-ce que nous pouvons faire aujourd’hui pour aider?
Utilisons notre créativité et l’intelligence collective des équipes pour répondre à ces questions. Voyons les contraintes comme un moteur d’inventivité. Laissons de côté le passé et le futur qui sont sources d’anxiété. Concentrons-nous sur comment honorer le vivant maintenant. Certainement est-ce la meilleure position à adopter pour renforcer un lien de confiance avec nos communautés et s’inscrire dans un nouveau système.
L’un des principaux défis auxquels les musées seront confrontés après la COVID-19 est de trouver un équilibre entre le besoin pressant de collecter et de préserver les témoignages de ceux qui ont été les plus touchés pendant la pandémie, avec l’obligation d’adhérer à des principes éthiques solides tels que la minimisation du préjudice et le respect pour la dignité humaine.
Bon nombre de ces communautés, qui ont été historiquement exclues ou représentées de manière inexacte dans bon nombre de nos musées, ont été touchées de manière disproportionnée par la COVID-19. Les musées ont la responsabilité de veiller à ce que les histoires des personnes sous-représentées ne soient pas perdues, négligées, exploitées ou remplacées en ne montrant que les récits héroïques.
Je crois et j’espère qu’après la COVID-19, les musées seront poussés à être plus réflexifs et à travailler de manière plus éthique lors de la recherche, de la collecte, de l’archivage, de l’interprétation et de l’exposition des histoires de communautés historiquement marginalisées.
Il est de notre responsabilité, en tant que professionnels des musées, d’amener ces discussions dans la sphère publique afin que le secteur des musées puisse émerger plus fort et en solidarité avec les communautés que nous essayons de servir.
La communauté créative mondiale a joué un rôle de leader remarquable dans l’organisation, l’adaptation et la réponse à l’urgence sanitaire. Cette réaction opportune et proactive a permis d’accroître la visibilité du secteur et de le faire reconnaître comme un élément fondamental et nécessaire de la vie contemporaine. Je suis convaincu que cette reconnaissance contribuera à renforcer les budgets publics pour le secteur et conduira à durabilité accrue pour la communauté.
Un grand nombre d’activités culturelles ont été virtuellement reprogrammées à l’aide des technologies numériques, multipliant immédiatement leur public et leur portée mondiale. Ces efforts créatifs ont contribué à atténuer le stress psychologique de millions de personnes qui se trouvent isolées, empêchant ainsi la propagation du virus.
Cette présence renouvelée des biens et services culturels enrichit la diversité culturelle dans le paysage numérique. Plus important encore, elle nous rappelle que de l’autre côté de la pandémie, la culture et l’art nous attendent dans un espace physique; un lieu où les désirs, les illusions et les rêves de l’humanité coïncident à l’échelle mondiale. Le jour où nous assisterons à notre premier concert après ces temps difficiles, nous le vivrons comme si c’était notre première fois. Nous n’oublierons plus jamais la valeur de la culture.
*Ces réponses ont été modifiées pour de raisons de clarté et de longueur
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Ross est originaire de la côte sud de l’Australie et est déménagé au Canada en 2015. Il dit avoir choisi de s’installer au Canada pour sa beauté naturelle et sa grande ouverture. Ross est devenu citoyen à la mi-avril 2019 et dit que le plus grand changement pour lui a été « le plaisir de l’anonymat et du multiculturalisme pur. Je me sens libre et chez moi ».
Ross est un fervent utilisateur de Canoo. En plus de visiter les lieux, il profite régulièrement des billets gratuits offerts aux membres de Canoo par courriel pour les concerts et les spectacles. « [Canoo] est merveilleux, dit Ross, j’ai vu mon premier opéra, visité l’AGO, le ROM, et quelques galeries d’art plus petites. Je viens d’assister à un récital de musique que je n’aurais pas vraiment vu sans le laissez-passer. Mon expérience du laissez-passer me permet d’être plus engagé dans les événements dont je n’aurais pas eu connaissance. »
Ross croit fermement à l’importance des arts et de la culture. « J’ai toujours pensé qu’il fallait connaître le passé pour comprendre le présent et l’avenir d’une culture », explique-t-il. « J’ai donc trouvé que les galeries d’art et les musées étaient essentiels pour voyager et pour m’instruire sur le monde. Les galeries, avec leur personnel extraordinaire, font toujours en sorte que l’expérience soit totalement agréable et que le souvenir soit inoubliable. Sans art ni patrimoine culturel d’aucune sorte, nous ne sommes rien du tout; nous ne ferions qu’exister et suivre la vague. Les arts et les lieux doivent être considérés comme un miroir du passé et ils aident à indiquer l’avenir. »
Ross dit qu’il est reconnaissant envers les nombreuses personnes qui ont participé à son parcours de citoyen.
« Je veux juste remercier tous les gens sans visage qui nous aident à devenir canadiens, les gens qui font du bénévolat lors de tous les événements et les gens de Canoo », dit-il. « Surtout, en me rappelant mes premiers sentiments à mon arrivée au Canada, [je crois] que tout est possible ici. Merci, Canada. »
À compter d’aujourd’hui, le Musée de la nature et des sciences est partenaire avec Canoo et permet aux nouveaux citoyen(ne)s canadien(ne)s de visiter gratuitement.
Canoo est une application mobile qui aide les nouveaux citoyen(ne)s canadien(ne)s à célébrer leur citoyenneté en leur offrant des entrées gratuites dans plus de 1 400 musées, centres de sciences, galeries d’art, parcs et sites historiques à travers le Canada.
Le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke fournit des activitées comme par exemple, expositions, spectacle multisensoriel, activités éducatives, conférences et événements corporatifs. Leur mission est «inspirer, émerveiller et rendre accessible à chacun la découverte de la nature, des sciences et la richesse de nos collections issues du patrimoine naturel».
Si vous êtes membres de Canoo et vous êtes à Sherbrooke, QC, ou à l’entour de cette région, consultez l’application Canoo pour en apprendre d’avantage sur le Musée de la nature et des sciences et aller visitez l’endroit!
Pour trouver d’autres lieux à visiter près de vous, assurez-vous d’activer les services de localisation sur l’application Canoo. Pour apprendre plus davantage sur l’application, consulter notre Centre d’aide Canoo.
Rencontrez Susan Shaw, membre Canoo de Calgary.
Susan a choisi de s’installer au Canada parce qu’elle voulait un pays avec « un avenir – et de la neige! » Elle aime l’espace, les montagnes, les gens et le sentiment de sécurité que lui procure le Canada.
Son endroit préféré est le Kananaskis Country, en Alberta. Cet endroit, situé dans les parcs de l’Alberta, offre de magnifiques vues sur les montagnes. Susan a passé de nombreuses nuits dans le parc lors d’un voyage en voiture de l’Alberta à la Colombie-Britannique avec ses enfants.
Susan pense que les lieux culturels « enseignent aux personnes qui n’ont pas grandi en étant canadiennes ce qu’est l’histoire du Canada, comment [le Canada] reflète la diversité de tous ses citoyen·ne·s, originaires d’ici ou d’ailleurs »
Elle aime utiliser Canoo pour visiter des lieux culturels. « J’ai adoré faire des recherches et découvrir des lieux que je n’aurais pas connus si je n’avais pas eu l’appli Canoo. L’application est super conviviale et j’ai des réactions positives des gens lorsque je montre mon appli Canoo, on me félicite et on m’accueille en tant que nouvelle Canadienne », renchérit-elle.
À compter d’aujourd’hui The Film Reference Library est partenaire de Canoo et permet aux nouveaux citoyens canadiens de visiter de gratuitement.
Canoo est une appli mobile qui aide les nouveaux·elles citoyens canadiens à célébrer leur citoyenneté en leur offrant l’entrée gratuite dans plus de 1 400 musées, centres de sciences, galeries d’art, parcs et sites historiques à travers le Canada.
Membres Canoo de Toronto et de la région, consultez votre appli pour en apprendre davantage sur The Film Reference Library!
Pour trouver d’autres lieux à visiter à proximité, assurez-vous d’activer les services de localisation de l’appli Canoo. Apprenez-en davantage sur l’appli en consultant notre Centre d’aide Canoo.
Ananya Ohri, directrice artistique du projet Home Made Visible (HMV)
Home Made Visible (HMV) est un projet d’archivage à l’échelle nationale géré par le Festival du Film de Regent Park, le plus ancien festival du film communautaire gratuit de Toronto. Ce projet met en vedette l’histoire des populations noires, autochtones et de couleur. Sous la direction artistique d’Ananya Ohri, le projet HMV a permis de rassembler des films amateurs tournés par des personnes noires, autochtones et de couleur (BIPOC) de tout le Canada pour les numériser et les archiver gratuitement. Ce projet a également réuni des artistes autochtones et membres de minorités visibles pour qu’ils·elles explorent les liens qui unissent ces collectivités à la fois vastes et diversifiées. Les œuvres d’art publiques et les films amateurs numérisés ont été présentés dans le cadre de plusieurs projections publiques partout au Canada. Le projet HMV a pris fin en 2019, mais les films d’archives produits sont toujours accessibles dans les bibliothèques de l’Université York.
Pourriez-vous nous en apprendre un peu plus sur vous et sur votre intérêt pour les films et les archives?
Je suis née en Inde et je suis arrivée au Canada à l’âge de 10 ans. Lorsque ma grand-mère a déménagé au Canada pour y passer les dernières années de sa vie avec sa famille, elle n’a pas pu amener tous les documents et toutes les photos qu’elle gardait dans son appartement à New Delhi. À bien des égards, cela a été une immense perte. Pourtant, je sais que je peux rester en contact avec mon histoire autrement. Je peux en parler à d’autres membres de ma famille, je peux visiter des sites et je sais que des copies numériques de ces documents et de ces photos existent quelque part. Je me sens donc privilégiée. Que se passe-t-il si vous n’avez aucun moyen de rester en contact avec votre passé? Que se passe-t-il si d’autres reconstituent votre histoire? Qu’ils tentent de déterminer d’où vous venez, qui sont les membres de votre famille ou non? Pour de nombreux peuples qui ont vécu (et qui continuent de vivre) des déplacements et qui ont été ou sont toujours sous l’emprise de l’esclavage et de la colonisation, c’est une réalité. Ces gens ont travaillé dur pour retracer leur histoire et renouer avec ce passé qui est source d’intégrité et de fierté, qui leur sert d’ancrage et qui fait écho aux personnes qu’ils·elles sont et qu’ils·elles sont en train de devenir.
Les archives, et en particulier les archives personnelles et communautaires, sont importantes à mes yeux, car elles permettent de découvrir des histoires qui ont été mises de côté, marginalisées ou mal interprétées. Ces archives mettent en évidence toute la nuance et toute la complexité passées sous silence ou simplifiées. Elles démontrent que nos histoires individuelles sont importantes pour nous ET pour la communauté à laquelle nous appartenons. Elles nous rappellent que nous devons faire honneur notre passé, particulièrement si nous pensons que cela n’en vaut pas la peine ou que c’est trop difficile.
Lorsque j’en aurai le temps, je commencerai à retracer les photos et les documents de ma grand-mère. Ils me permettront de voir les forces de l’histoire qui m’ont façonnée en plus de présenter une tranche de l’histoire qui appartient à tout un peuple.
Dites-nous comment le projet Home Made Visible (HMV) a commencé.
Le projet HMV a été mis sur pied parce que d’une part, les films amateurs tournés par les personnes noires, autochtones et de couleur ne faisaient pas partie de nos archives institutionnelles et que d’autre part, à moins d’être numérisés, les rubans et les bobines de ces films amateurs risqueraient de se dégrader rapidement.
Le projet a également été lancé parce que notre travail au Festival du Film de Regent Park m’a permis de reconnaître l’importance de présenter la joie de vivre des personnes BIPOC. Ces films amateurs sont pleins de joie de vivre. Nous avons donc entrepris de demander aux gens s’ils avaient des films amateurs, nous les avons ensuite numérisés gratuitement et avons conservé une copie d’une partie de chaque film pour les archives de l’Université York. Ces archives répertorient des scènes remplies de joie de vivre, qui, je l’espère, inspireront de nouvelles histoires, de nouvelles images et de nouvelles représentations qui renforcent notre capacité d’être des gens joyeusement complexes.
Quelles ont été vos premières réflexions sur l’importance que jouent ces archives pour façonner qui nous sommes? Comment ont-elles évolué à mesure que vous vous êtes impliquée dans le projet HMV?
Je voulais préserver les films amateurs et compiler des archives qui encourageraient de nouvelles histoires – des histoires joyeuses – sur les peuples noirs, autochtones et de couleur, car les récits portent davantage sur les événements plus difficiles.
Au cours des trois années qu’a duré ce projet, j’ai appris à mieux apprécier le temps nécessaire pour créer des archives et pour que ces archives rejoignent les gens. Après avoir numérisé 300 films et avoir archivé des extraits de chaque collection donnée par des familles, nous devons créer des moyens pour faire en sorte que des artistes, des universitaires et des esprits curieux ne se contentent pas de les consulter, mais pour qu’à partir de ces films, ils puissent créer quelque chose qui rejoint un public plus large. Ces archives existent depuis moins de deux ans seulement et il reste du chemin à faire, d’une part en ce qui a trait à la documentation à préserver et à recueillir, mais aussi en ce qui à trait aux personnes qu’elles peuvent rejoindre. Elles pourront alors mieux représenter la joie de vivre des peuples noirs, autochtones et de couleur.
En quoi les films amateurs sont-ils différents des autres documents d’archives et que peuvent-ils apporter à la représentation?
Traditionnellement, les documents d’archives sont des documents officiels (comme des documents de propriété) ou des documents anthropologiques (comme les photographies et les rapports des explorateurs). Historiquement marginalisés, les peuples noirs, autochtones et de couleur, aussi divers soient-ils, ont souvent été exclus des documents officiels, notamment parce que leurs membres ne pouvaient pas être propriétaire foncier; ils·ont donc été mal représentés ou laissés de côté dans les documents anthropologiques. Dans les films amateurs, au moins une personne de la communauté a saisi l’instant qu’il ou elle voulait saisir, de la manière dont il ou elle voulait le saisir. Il s’agit d’un document d’autopréservation et d’autoreprésentation.
Les personnes noires, autochtones et de couleur ont lutté pour raconter leur passé, souvent difficile en raison de l’histoire du Canada. En documentant la joie de vivre dans des archives, j’espère que les histoires que nous racontons seront plus complexes, qu’elles ne porteront pas toujours sur une question à laquelle il faut réfléchir, mais qu’elles montreront des êtres humains vivant toutes sortes d’expériences.
Pourriez-vous nous en dire davantage sur votre intérêt pour l’exploration de la façon dont nos diverses histoires convergent?
Le terme « peuples noirs, autochtones et de couleur » est tellement vaste : il réunit des identités en fonction de similitudes à l’égard de la relation entretenue avec les peuples blancs et la suprématie de la race blanche. En quoi ces différentes identités, avec leurs expériences, leurs croyances, leur histoire s’entrecroisent-elles? Comment ces points de convergence peuvent-ils mener à une libération partagée? Ce sont là des questions qui suscitent mon intérêt et qui m’ont amenée à chercher comment nos histoires convergent sur cette terre qu’on appelle le Canada. Je veux notamment présenter un cadre où des artistes noirs et de couleur se sentent soutenus dans leur engagement, au-delà des idées sur la migration, sur les déplacements et sur la diaspora pour ainsi explorer leurs liens avec les peuples autochtones et la colonisation.
Quelle a été la réaction aux œuvres d’art et aux clips sélectionnés?
Il y a eu toutes sortes de réactions : certains ont été émerveillés par cette nouvelle perspective, alors que d’autres ont été simplement éblouis par la joie de vivre. J’espère que ces œuvres encourageront les gens à archiver de leurs propres films. Dans certains cas, c’est ce que j’ai pu constater, particulièrement lors des ateliers.
Cette entrevue a été modifiée pour des raisons de clarté et de longueur.
Le Festival du Film de Regent Park est le plus ancien festival de film communautaire gratuit de Toronto. Il est consacré à la présentation d’œuvres indépendantes locales et internationales portant sur des personnes de tous les horizons et il privilégie les œuvres des communautés à faible revenu qui vivent dans des logements sociaux. Les films présentés brisent les stéréotypes et démontrent qu’aucun lieu et que personne a une seule histoire.
Rencontrez Shameka, membre Canoo, et sa famille.
En tant que nouvelle citoyenne canadienne, Shameka estime que la citoyenneté active est une pratique importante. « Pour moi, la citoyenneté active est synonyme d’engagement dans sa collectivité, quelle que soit l’ampleur de l’activité », explique Shameka. « [Par exemple,] siéger au conseil de parents à l’école de ses enfants, faire du bénévolat pour parler de sa carrière lors d’une journée d’orientation ou faire un don à votre banque alimentaire locale. Il n’est pas nécessaire que ce soit quelque chose de compliqué; il faut juste que ce soit quelque chose qui ait une incidence sur les autres et qui fasse une différence dans leur vie. »
« Le meilleur endroit que j’ai visité en utilisant Canoo était le TELUS Spark Science Centre », dit Shameka. « Nous sommes allés un jour férié et c’était plutôt achalandé, mais mes enfants se sont bien amusés… pour une fois, mon fils de cinq ans ne s’est pas plaint qu’il s’ennuyait et ne voulait plus partir! C’était tellement agréable de voir mes enfants explorer le centre et poser des questions sur le fonctionnement des choses [et même] se lancer des défis sur le fonctionnement des appareils. Je ne les ai jamais vus aussi participatifs. Nous nous sommes donc abonnés au centre. Grâce à Canoo, ma famille a eu l’occasion de visiter des endroits que nous n’aurions jamais pensé visiter et nous avons adoré notre expérience! »
Shameka dit que selon elle, les lieux culturels « aident les gens à mieux apprécier et comprendre les différentes cultures, ce qui leur permet de se sentir plus connectés et plus à l’aise en société. »
À compter d’aujourd’hui The Market Gallery est partenaire de Canoo et permet aux nouveaux·elles citoyens canadiens de visiter ses installations de gratuitement.
Canoo est une appli mobile qui aide les nouveaux citoyens canadiens à célébrer leur citoyenneté en leur offrant l’entrée gratuite dans plus de 1 400 musées, centres de sciences, galeries d’art, parcs et sites historiques à travers le Canada.
Membres Canoo de Toronto et de la région, consultez votre appli pour en apprendre davantage sur The Market Gallery et visitez l’endroit!
Pour trouver d’autres lieux à visiter à proximité, assurez-vous d’activer les services de localisation de l’appli Canoo. Apprenez-en davantage sur l’appli en consultant notre Centre d’aide Canoo.
Faites la connaissance de l’une des membres Canoo du nom de Christine Samonte.
Christine a immigré au Canada il y a plus de dix ans et vit maintenant dans la région de Calgary. Elle a obtenu sa citoyenneté canadienne en juin de cette année. Christine a choisi de s’établir au Canada en partie parce que « c’est l’un des plus beaux pays du monde! »
La ville préférée de Christine au Canada est Vancouver, mais son endroit préféré au pays est le parc national Banff, qu’elle visite régulièrement. « J’adore aller à Banff à cause de ses paysages incroyables, » dit-elle.
Elle croit que Canoo contribue grandement à l’inclusion sociale, car cela lui permet de « rencontrer et d’observer des gens de différentes cultures » au Canada. « Ce que j’aime le plus au Canada, c’est la diversité de son peuple et de sa culture, » dit-elle.
Faites la connaissance de l’un des membres Canoo du nom de Vikash Raghoebier.
« J’ai choisi le Canada en raison de ses lois libérales et de sa culture d’intégration », explique Vikash. Il ajoute : « Ce que j’aime le plus dans ce pays, c’est ce fait de pouvoir être vraiment soi-même, en plus des beaux paysages ».
« Pour moi, l’inclusion est en lien direct avec les valeurs d’égalité, de respect et de dignité de chacun, sans aucun préjugé », précise-t-il.
La ville canadienne préférée de Vikash est Montréal. « La diversité de ce pays se reflète dans cette ville agréable et animée, où les arts et les saveurs se mélangent avec finesse et où les cultures sont célébrées avec faste », affirme-t-il. « Montréal, c’est aussi une capsule historique avec sa magnifique architecture, qui m’a rendu nostalgique d’un passé inconnu. Je m’y suis fait des amis incroyablement vite! »
À Montréal, Vikash a aimé visiter les lieux culturels proposés par Canoo. « C’est dans les lieux culturels que la dynamique sociale se forme, au tout début du processus d’intégration. Voilà pourquoi l’inclusion sociale repose fortement sur ces sites culturels », précise-t-il. « Canoo a été le plus beau cadeau qu’un nouveau citoyen canadien peut recevoir. Après tous ces mois, grâce à Canoo, je sens que je connais mon pays mieux qu’avant et que le voyage a été enrichissant, tant sur le plan émotionnel que spirituel. »