Au terme de ce long et tumultueux été de pandémie, la rentrée en classe se déroule maintenant partout au pays. Jusqu’à maintenant, les lignes directrices du gouvernement fédéral pour une réouverture sécuritaire des écoles sont assez floues et les mesures prises par les écoles varient énormément entre les provinces. Par exemple, en Saskatchewan, le port du masque n’est pas imposé alors que dans les régions à plus haut risque en Ontario, le port du masque sera obligatoire pour les élèves de la quatrième à la douzième année et les élèves du secondaire ne seront physiquement en classe que la moitié de la semaine.
Ces différences entre les provinces sont logiques étant donné la gravité variable des éclosions dans les différentes régions du pays, mais la stratégie globale du Canada ne permet pas de contrer la menace que présente le virus. En ne tenant pas compte des risques bien réels auxquels font face les enfants et les communautés dans lesquelles ils vivent, l’absence de règles claires pourrait mettre en péril la santé publique et exacerber les inégalités existantes.
Contrairement à la désinformation véhiculée en ligne, les enfants et les adolescents ne sont pas immunisés contre la COVID-19. Au Canada, plus de 10 000 jeunes âgés de 19 ans ou moins ont reçu un diagnostic de la maladie et plus de 145 jeunes de ce groupe ont été hospitalisés. Jusqu’à maintenant, un jeune (dont l’âge exact n’a pas été dévoilé) est mort de la maladie.
Comme nous avons pu le constater tout au long de la pandémie, le racisme systémique a des répercussions importantes quant aux groupes qui sont le plus touchés par la COVID-19, notamment les PANDC et les autres communautés racialisées. Par ailleurs, ces inégalités existent aussi parmi les enfants. Une étude effectuée auprès de 1 000 volontaires à Washington, DC, conclut que le taux d’infection des enfants noir·e·s et hispaniques était plusieurs fois supérieur à celui des enfants blanc·che·s,soit 30 pour cent chez les enfants noir·e·s, 46,4 pour cent chez les enfants hispaniques et seulement 7,3 pour cent chez les enfants blanc·che·s.
Même si le taux de cas graves observé chez les enfants au Canada est relativement faible, il faut se rappeler que les cas que nous avons constatés jusqu’à maintenant sont demeurés gérables en raison des mesures de confinement et de la fermeture précoce des écoles. L’évolution de ces chiffres lorsque les écoles seront rouvertes demeure incertaine, mais les premières données des États-Unis et d’autres pays ne sont pas encourageantes.
Chez nos voisins du sud où, dans certains États, l’école a repris en août, un certain nombre de cas de COVID-19 ont été observés dans les écoles, ce qui a forcé des milliers d’élèves et de membres du personnel à rester en quarantaine après avoir été potentiellement exposés au virus. Le véritable nombre de cas est toujours inconnu, essentiellement parce que certains États ne comptabilisent actuellement pas les cas cumulés de COVID-19 dans leurs écoles, et qu’aucun compte des éclosions dans les écoles à l’échelle nationale n’est effectué.
Non seulement les enfants peuvent contracter le virus, mais ils peuvent aussi le transmettre à leur famille à la maison et potentiellement créer des grappes de transmission. Une étude menée en Corée du Sud conclut que les jeunes âgé·e·s entre 10 et 19 ans étaient aussi susceptibles de transmettre le virus que les adultes. Ainsi, même si le risque de tomber gravement malade est faible parmi les jeunes, elles et ils peuvent quand même mettre les adultes à risque de contracter une forme sévère de la COVID-19.
Les enseignant·e·s et les autres travailleur·euse·s sous-payé·e·s et sous-protégé·e·s deviennent aussi vulnérables avec la réouverture des écoles, et certain·e·s élèvent leur voix pour signifier leur peur et leur frustration relativement au manque actuel de planification du gouvernement. Une enseignante québécoise confiait à CTV : « Plusieurs d’entre nous craignent de montrer à quel point nous avons peur… Nous devons paraître braves et faire sentir les jeunes en sécurité. Mais lorsque nous nous retrouvons seuls ou en parlons entre nous, la vérité est que oui, ça fait peur d’être ici ».
En revanche, passer à un enseignement exclusivement à distance risquerait d’avoir des répercussions négatives importantes sur les enfants marginalisés qui vivent déjà des inégalités en éducation. Les familles à faible revenu pourraient ne pas être en mesure de se procurer la technologie ou l’accès Internet nécessaire pour assurer l’apprentissage à distance, et, dans certains cas, il pourrait s’avérer impossible pour certaines familles d’offrir un milieu calme et sans distraction en raison du manque d’espace à la maison. Si les enfants devaient suivre leur cours à distance, les parents qui ne peuvent se permettre des frais de gardiennage seraient forcés de jongler avec cette nouvelle responsabilité en plus de leur travail.
Dans certains endroits – la plupart du temps, dans des milieux circonscrits essentiellement blancs des États-Unis –, des « microécoles » ont vu le jour : des familles regroupent leurs enfants en petits groupes pour recevoir un enseignement privé en personne. Or, les familles à faible revenu et les PANDC ont été exclus de la discussion jusqu’à maintenant.
En matière d’éducation, le statut économique constitue déjà un facteur d’inégalité au pays. Un rapport de 2018 préparé par l’UNICEF indique qu’au Canada, « la richesse des parents explique près de la moitié des écarts dans les résultats scolaires au secondaire ». Les preuves révèlent que les enfants de ménages à faible revenu sont nettement désavantagés lorsqu’ils commencent l’école, alors que les enfants de familles plus aisées ont accès à plus de ressources, ce qui se traduit directement par des résultats plus élevés.
« Les inégalités de revenu engendrent un “déficit d’investissement privé” dans l’enfance, les parents plus riches et plus instruits étant mieux à même de procurer des ressources et des environnements propices au développement des enfants pendant leurs années de scolarité », indique le rapport. « une plus grande sécurité alimentaire, des maisons et des quartiers plus sûrs, une aide pour les enfants vivant avec un handicap, ainsi que des possibilités plus riches de jouer et d’apprendre, tant à l’école qu’en dehors, en sont de bons exemples ». La pandémie de COVID-19 montre clairement que les inégalités pourraient s’aggraver, ce qui creuserait encore plus l’écart entre les enfants de ménages à faible revenu ou de communautés marginalisées et leurs pairs plus aisés.
Il n’existe pas de solution miracle à ce problème, d’autant plus que les gouvernements tentent actuellement de gérer à la fois les risques pour la santé et la sécurité de l’enseignement en personne dans les écoles et les inégalités créées par l’enseignement à distance. Cependant, si aucune mesure n’est prise pour réduire ces inégalités associées au revenu, à l’origine ethnique et au statut d’immigration, les écarts dans le nombre de cas d’infection à la COVID-19 et les conséquences à long terme sur la santé et l’éducation des jeunes risquent de prendre encore plus d’ampleur.
Rencontre avec Amjad Baig, membre de Canoo vivant à Toronto. Amjad a déménagé au Canada parce qu’il pense que c’est un pays où « les possibilités et le potentiel sont illimités et où vos rêves peuvent devenir réalité ».
« Le Canada est un pays véritablement multiculturel avec une riche diversité ethnique », dit-il, « Vous vous sentez accueilli et appartenez à ce pays. Les vues magnifiques sur l’environnement naturel et intact sont à couper le souffle et je n’en ai jamais vu de pareil jusqu’à présent. »
Amjad vit à Toronto, mais son endroit préféré au Canada est sur la côte ouest. « Même si je reste à Toronto, notre endroit préféré se trouve à deux heures de route au nord de Vancouver – Whistler », dit-il. « La beauté naturelle, les montagnes et les paysages époustouflants sont la meilleure des évasions. Il n’y a rien comme les montagnes et l’air pur pour se ressourcer et faire le plein. Il y a toujours des aventures inspirantes et des défis à Whistler. »
En 2019, alors qu’il était membre de Canoo, Amjad a visité avec sa famille la Casa Loma, l’un de ses lieux culturels préférés à Toronto. « Nous nous sommes rendus à la Casa Loma le 25 août 2019. C’était notre journée familiale », dit-il, « Nous avons vu des choses étonnantes comme le Grand Hall, la bibliothèque, les jardins de la propriété, la salle ronde (Round Room), la suite de Sir Henry Pellatt, la suite de Lady Pellatt, la salle Windsor, la salle de conférence Pellatt, le musée régimentaire du Queen’s Own Rifle, les écuries et enfin l’Automotive Museum. L’expérience était comme un voyage dans le temps, à certains moments nous nous tenions debout et imaginions simplement ce qu’aurait été la vie à cette époque, une histoire si étonnante. Notre lieu préféré était un espace de stockage secret à côté de la cheminée. »
Amjad est convaincu que des lieux culturels comme la Casa Loma peuvent contribuer à bâtir des sociétés plus inclusives : « Quand on vient de milieux culturels différents, on comprend mieux les autres et on apprend grâce aux connexions, ce qui nous aide bâtir une communauté plus résistante, plus forte et plus inclusive sur le plan social. »
« L’offre de Canoo est un geste à la fois attentionné et magnifique. Il permet à chaque nouveau citoyen de découvrir et d’en apprendre un peu plus sur le territoire, l’alimentation, la culture et la nature, en plus de permettre d’entrer en contact avec les gens », explique Amjad. « Canoo célèbre l’expérience d’être réellement canadien, non seulement pour célébrer le parcours d’un nouveau citoyen depuis son arrivée jusqu’à l’acquisition de sa citoyenneté, mais aussi pour reconnaître et récompenser ses efforts et sa contribution pendant cette période. Visiter les parcs et la Casa Loma était simplement fabuleux. Merci Canoo pour cette expérience mémorable! »
Canoo donne aux nouvelles familles canadiennes l’accès à plus de 1 400 espaces artistiques et culturels et parcs dans tout le Canada. Si l’utilisation de Canoo est gratuite, son fonctionnement ne l’est pas. À titre d’organisme de bienfaisance, nous comptons sur les dons pour que Canoo reste gratuit pour les nouveaux·elles citoyens canadiens comme vous. Grâce à votre généreux soutien, nous pouvons aider des milliers de nouveaux·elles Canadiens et leur famille à s’intégrer. Offrez Canoo en cadeau! Devenez un donateur mensuel dès aujourd’hui.
En juin, la coalition Migrant Workers Alliance for Change (MWAC) a été contactée par un hôpital lui demandant de traduire des informations de l’anglais à l’espagnol pour un de ses patients, un travailleur agricole migrant qui était dans un état critique après avoir contracté la COVID-19. Dans un rapport récent, la MWAC décrivait la nécessité d’obtenir le consentement verbal de l’homme avant de le placer sous respirateur, qui a poussé l’hôpital à appeler la MWAC. Plutôt que de faire appel à un interprète médical qualifié, un médecin a tenté de communiquer des informations au patient en utilisant l’appli Google Translate sur son téléphone. « Lorsque nous avons parlé au travailleur pour l’informer de ses choix, et du fait qu’il était possible qu’il ne se réveille jamais, il a confirmé qu’aucun service d’interprétation ne lui avait été offert au cours des jours précédents, » mentionne le rapport.
Cet incident souligne à quel point il est indispensable d’avoir accès à des services de traduction dans les milieux de soin, particulièrement pendant la COVID-19. Sans un accès à des services de traduction et d’interprétation, les patient·e·s ne peuvent être informé·e·s adéquatement de leurs choix face à leur santé et ne peuvent fournir au personnel médical l’information dont il a besoin pour prodiguer le meilleur traitement possible.
Dans le sud-ouest de l’Ontario, où de nombreux·ses travailleur·euse·s agricoles provenant de pays hispanophones travaillent et vivent en promiscuité, d’importantes éclosions ont vu le jour dans plusieurs fermes en raison de conditions non sécuritaires et d’un accès aux soins inadéquat. En date du 1er juin, environ 18 pour cent de tous les cas de COVID-19 signalés dans le comté de Windsor-Essex étaient des travailleurs migrants. Malgré cela, la MWAC a continué de recevoir des plaintes de certains travailleurs qui ont affirmé ne pas avoir été en mesure d’avoir accès à des services de traduction en espagnol et en anglais.
Aux États-Unis, où la communauté hispanique a été particulièrement touchée par le virus, le besoin de traducteur·rice·s est d’autant plus important. Selon le CDC, les personnes d’origine d’origine hispanique et latine ont un taux d’hospitalisation quatre fois plus élevé que les personnes non hispaniques de race blanche en Amérique.
Bien que l’association entre les compétences linguistiques et la santé soit complexe, la recherche révèle que dans l’ensemble, il est possible d’établir un lien entre une adaptation linguistique inadéquate et de mauvais résultats en matière de santé. Une étude visant à faire le suivi de nouveaux immigrants dans de nombreux contextes entre 2000 et 2005 a révélé que ceux·elles dont la maîtrise des langues officielles demeurait limitée avaient une incidence plus grande d’être en mauvaise santé sur une période de quatre ans comparativement aux nouveaux·elles immigrant·e·s qui avaient une meilleure maîtrise linguistique.
D’autres facteurs interdépendants touchant les nouveaux immigrants, comme l’accès au logement et le niveau de scolarité étaient également associés aux résultats déclarés en matière de santé. Étant donné que le système de soins de santé canadien est conçu pour les anglophones et les francophones, les nouveaux immigrants peuvent être laissé·e·s pour compte, surtout pendant leurs premières années au Canada. Comme l’ont souligné les chercheurs, la maîtrise linguistique peut avoir une incidence directe sur la capacité d’un nouvel immigrant·e à obtenir des services de santé, et par conséquent se traduit par un état de santé autodéclaré plus faible.
La traduction médicale vise à combler cette lacune en matière de soins de santé en facilitant une communication fiable entre le personnel médical et les patients. Pendant une pandémie, lorsque le volume de personnes malades est accru et que l’état des patients positifs à la COVID-19 peut évoluer rapidement, les traducteurs médicaux sont particulièrement important·e·s pour veiller à ce que les patients puissent communiquer leurs symptômes et comprendre leurs diagnostics.
Comme l’a mentionné Natalya Mytareva, directrice générale de la US Certification Commission for Health Care Interpreters dans une entrevue accordée au magazine Time, « tout bon médecin ne l’est que dans la mesure où il est compris par le patient. » Même le meilleur traitement médical ne saurait être efficace sans une parfaite compréhension entre le patient et le médecin. « Si le médecin fonde son diagnostic sur une mauvaise information parce qu’il n’a pas d’interprète, que vaut ce médecin? » affirme Mytareva.
Comme les hôpitaux continuent d’adopter des mesures de distanciation physique, les membres de la famille ou les ami·e·s des personnes ne maîtrisant pas les langues officielles sont dans l’incapacité d’accompagner leur proche à l’hôpital. Bien que dans un monde idéal les patient·e·s ne devraient pas devoir compter sur l’aide des membres de la famille pour assurer la traduction, l’absence de ceux-ci dans les milieux de soin n’a fait qu’accroître la demande d’interprètes.
Parallèlement, la capacité des interprètes à faire leur travail est freinée pendant la COVID-19. De nombreux interprètes médicaux·ales sont maintenant forcés de faire leur travail par téléphone plutôt qu’en personne, ce qui peut nuire à la qualité de la traduction qu’ils·elles peuvent offrir aux patient·e·s, notamment par leur aptitude à détecter les signes non verbaux présents pendant une conversation. Certain·e·s interprètes ont également décrit le traumatisme lié à l’exercice de leurs fonctions pendant la COVID-19, surtout lorsqu’ils·elles font eux-mêmes partie des communautés les plus touchées par le virus.
Alors que la pandémie se prolonge, les gouvernements devraient s’assurer que personne au pays n’est laissé·e pour compte lorsqu’il est question d’avoir accès à des services essentiels. Et ces services essentiels ne se limitent pas nécessairement au secteur des soins de santé. Les travailleurs migrants illégaux qui craignent les enjeux juridiques doivent être informés qu’ils ont accès à des soins de santé s’ils contractent le COVID-19; les nouveaux Canadien qui manifestent depuis peu contre le racisme et la violence policière devraient être informés de leurs droits légaux s’ils sont arrêtés; et les Canadiens aux compétences linguistiques limitées ne devraient pas faire partie des quelques 3 pour cent des travailleur·euse·s qui ne savaient pas qu’ils·elles·étaient admissibles à la Prestation canadienne d’urgence.
Bien que l’offre de services de traduction ne puisse pas réparer toutes les injustices systémiques auxquelles font face les communautés racialisées, dont bon nombre peuvent être d’origine immigrante et avoir une maîtrise limitée de l’anglais, elle est essentielle pour veiller à ce que chacun puisse recevoir les services dont il a besoin.
Voici Janega Boltiador-Gallant, une membre de Canoo. Originaire des Philippines, Janega a immigré au Canada et vit actuellement avec son mari sur la côte est de l’île du Prince-Édouard, son endroit favori au Canada. Janega a choisi de venir au Canada parce que c’est son « pays de rêve » et qu’elle voulait « vivre une vie meilleure ».
« Ce que j’aime le plus du Canada est que c’est un pays extrêmement productif, explique Janega, et que c’est ici que j’ai rencontré l’amour de ma vie! Je souhaite que l’on y vive ensemble encore plusieurs années, en bonne santé et heureux ».
Janega visite souvent les lieux du programme Canoo en compagnie de son mari. Les visites qu’elle a le plus aimées grâce à l’appli Canoo sont l’Anne of Green Gables Museum du lieu historique Green Gables Heritage Place, ainsi que le Lieu historique national du Canada de Port-la-Joye-Fort-Amherst, à l’Île-du-Prince-Édouard.
« Je suis retournée à quelques reprises au musée Anne of Green Gables avec ma famille », raconte Janega. « J’adore apprendre comment s’est déroulée l’histoire. Nous avons marché dans le sentier, c’était une belle expérience. Nous avons vu beaucoup de choses [qui ont façonné l’histoire] à Green Gables House et nous avons même pu porter les vêtements d’Anne. Nous avons pris quelques photos. C’était vraiment agréable ».
Janega reconnaît que les visites culturelles, comme les lieux patrimoniaux et les parcs, sont essentielles pour bâtir le sentiment d’inclusion et d’appartenance des nouveaux·elles citoyen·ne·s du Canada. « Les lieux culturels sont propices au partage de notre culture, explique Janega, et participer à des rassemblements sociaux en compagnie d’une multitude d’autres personnes de différents pays [nous permet de] d’en apprendre plus sur leur expérience et leur culture. Ce type d’inclusion m’envoie le message que je peux faire partie du succès de ce pays ».
Janega recommande chaudement à tout·e·s les nouveaux·elles citoyen·ne·s canadien·ne·s de télécharger et d’utiliser l’appli. « Elle vous donnera plus d’information sur toutes les merveilles de ce monde et les magnifiques endroits à visiter », explique-t-elle. « C’est très pratique! »
La pandémie de COVID-19 a contraint plusieurs Canadiens à réfléchir sérieusement à quelques conditions de vie tenues pour acquises, notamment disposer d’un endroit sécuritaire où se réfugier, de l’accès aux services de soins de santé et même de la possibilité de se procurer des aliments sains étant donné la pénurie de denrées attribuable aux achats effectués sous l’emprise de la panique au début de la pandémie.
Selon de récents rapports, malgré la stabilité des chaînes d’approvisionnement alimentaire et le réapprovisionnement des tablettes jusqu’à présent, nombre de Canadiens peineront à acheter de la nourriture puisque le problème de l’insécurité alimentaire s’amplifiera. Certes, l’enjeu des personnes ne mangeant existe depuis toujours au Canada, mais le nombre de celles-ci en ce contexte de pandémie de COVID-19.
Statistique Canada a remarqué dans une étude menée en mai que près d’un Canadien sur sept a déclaré vivre une situation d’insécurité alimentaire à la maison, ce qui représente une augmentation comparativement à une personne sur huit entre 2017 et 2018, soit avant la pandémie. Santé Canada définit l’insécurité alimentaire comme suit : « […] l’incapacité de se procurer ou de consommer des aliments de qualité, ou en quantité suffisante […] [et elle] est souvent liée à une incapacité financière d’assurer une alimentation adéquate. »
Le problème de l’insécurité alimentaire connexe à la COVID-19 pourrait s’amplifier. En effet, les spécialistes affirment que le prix des aliments est susceptible de connaître une autre hausse vu que les coûts inhérents à la pandémie (p. ex. les EPI et les mesures de distanciation physique) obligent les fournisseurs de produits alimentaires à gonfler leurs prix.
En fait, à l’avenant de bien d’autres répercussions de la pandémie, l’insécurité alimentaire touchera le durement, entre autres, les groupes racialisés et les ménages à faibles revenus. Au Canada, les ménages noirs courent trois fois plus de risques de vivre dans l’insécurité alimentaire que les ménages blancs. En outre, d’après l’Étude sur l’Alimentation, la Nutrition et l’Environnement chez les Premières Nations de 2019, près de la moitié des familles des Premières Nations au Canada peinent à se nourrir assez.
Les nouveaux arrivants au Canada se trouvent également en situation de vulnérabilité. D’ailleurs, une étude de 2019 portant sur la présence du phénomène de l’insécurité alimentaire au sein des nouveaux immigrants et les enfants réfugiés en Saskatchewan a révélé que la moitié de ces ménages luttaient contre l’insécurité alimentaire. En général, les sources des difficultés éprouvées par ces nouvelles familles arrivantes comprenaient les niveaux de faible revenu, les dépenses connexes aux médicaments sur ordonnance et aux produits d’hygiène qui amputaient le budget alloué à la nourriture de même que l’obligation de rembourser les prêts de transport consentis par le gouvernement couvrant le voyage des réfugiés depuis l’étranger jusqu’au Canada.
À présent, l’incidence économique de la COVID-19, ressentie par l’ensemble de la population canadienne, pourrait ébranler gravement la sécurité alimentaire d’un bout à l’autre du pays. Les données de Statistique Canada démontrent que les Canadiens se retrouvant sans travail en raison de la fermeture d’entreprise ou d’une mise à pied sont plus susceptibles à faire face à une situation d’insécurité alimentaire que leurs compatriotes qui occupent actuellement un emploi. En juin, le taux de chômage se chiffrait à 12,7 % au pays, accusant ainsi une légère baisse après avoir atteint un niveau record de 13,7 % en mai.
Un sondage du Groupe Banque TD publié en juillet révèle que les communautés de PANDC sont les parmi plus susceptibles de connaître l’insécurité financière à cause de la COVID-19. En 2019, le taux de chômage recensé auprès des immigrant•e•s habitant au Canada depuis moins de cinq ans était quatre fois plus élevé que celui chez les personnes nées au Canada. Ces données laissent croire que les nouv•eaux•elles immigrant•e•s pourraient devoir affronter des obstacles supplémentaires quant à la recherche d’emploi durant la pandémie.
Bien que les versements de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) ont contribué à alléger dans une certaine mesure le fardeau économique pesant sur les familles au Canada, de nombreuses personnes n’y ont pas droit. Une analyse réalisée par le Centre Canadien de politiques alternatives dévoile que plus de 800 000 personnes sans emploi au Canada ne seraient pas admissibles ni à la PCU ni aux prestations d’assurance-emploi. De plus, le retrait progressif de la PCU à l’automne expose un nombre accru de familles au risque de se trouver en situation d’insécurité alimentaire.
Au début de la pandémie, le premier ministre Justin Trudeau a promis un soutien de 100 millions de dollars aux banques et organisations alimentaires d’un bout à l’autre du pays afin de pallier l’insécurité alimentaire au Canada. En 2019, les banques alimentaires ont reçu 1,1 million de visites partout au Canada. Selon le Bilan-Faim 2016, les immigrants et les réfugiés représentent 13 % des personnes qui reçoivent une aide des banques alimentaires.
Cependant, les banques alimentaires ne consistent qu’une solution à court terme. En réalité, les spécialistes affirment que les données démontrent que ces organisations ne règleront pas définitivement le problème de la faim au Canada. Valerie Tarasuk et Lynn McIntyre, chercheuses au sein du programme de recherche en sécurité alimentaire PROOF, soutiennent que la prestation d’un revenu de base directement aux personnes, et non la dépendance envers les banques alimentaires, constitue le meilleur moyen de s’attaquer au problème.
En refusant de se préoccuper de l’ensemble des aspects de l’insécurité alimentaire au Canada, les gouvernements compromettent la santé et le bien-être des Canadiens, surtout les communautés vulnérables de PANDC et des nouveaux immigrants. L’insécurité alimentaire entraîne de graves problèmes de santé et on répertorie, entre autres, des taux élevés d’anémie ferriprive, d’hypertension artérielle et de diabète chez les personnes touchées par cet enjeu. Aussi, l’insécurité alimentaire engendre de des coûts élevés liés aux soins de santé et, dans les cas les plus graves, une réduction de l’espérance de vie de neuf ans.
D’après Tarasuk et McIntyre, il faut éliminer la cause profonde de l’enjeu en fournissant davantage de soutien financier directement à la population canadienne. Et puis s’affairer à la tâche le plus rapidement possible au fur à et à mesure que la pandémie se poursuit. Dans leur article pour Options Politiques, elles ont précisé : « L’absence de mesures efficaces pour remédier aux difficultés supplémentaires découlant de la COVID-19 plongera davantage de personnes dans l’insécurité alimentaire et aggravera les niveaux de défavorisation. » « Par conséquent, il importe d’adopter des mesures efficaces maintenant. »
Dans un sondage récent mené par l’ICC et Léger, les répondants ont dû répondre à la question suivante : « Si on compare à la période précédant la COVID-19, vous sentez-vous plus ou moins liés à votre famille, à vos amis, à vos collègues, à vos voisins, à votre communauté, à votre ville, à votre province, à votre pays? » Les réponses ont été mitigées. Dans l’ensemble, 29 % des Canadiens ont déclaré qu’ils se sentaient plus proches de leur famille, mais également moins proches de leurs ami·e·s et de leur communauté au sens large depuis le début de la COVID-19.
Ces résultats ont du sens, car un plus grand nombre de personnes restent à l’intérieur, passent plus de temps avec leur famille, et interagissent moins avec l’extérieur. Mais ils semblent également suggérer que la pandémie de COVID-19 a affaibli les liens sociaux qui unissent les Canadiens entre eux·elles, ce qui pourrait laisser des traces à long terme non seulement sur les individus, mais sur la société dans son ensemble.
Dans son livre Bowling Alone : The Collapse and Revival of American Community, le politologue Robert D. Putnam, de Harvard, emploie le terme « capital social » pour décrire le processus par lequel des réseaux de personnes travaillent ensemble pour atteindre des objectifs communs ou poursuivre des intérêts communs. Putnam soutient que notre capacité et notre volonté de nous rassembler en groupes peuvent avoir un effet sur des choses comme l’engagement civique et la participation démocratique. Se rassembler est un moyen de créer la confiance, de renforcer les liens sociaux et de faire progresser les besoins de la communauté. Cela peut inclure la participation de groupes à des activités aussi diverses que les organisations de parents d’élèves, les églises ou les troupes de scouts.
Selon certaines mesures, le Canada s’en sort relativement bien dans ce domaine. Avant le début de la pandémie, un rapport de 2019 de la Banque mondiale a révélé que le Canada a fait bonne figure au chapitre du capital social par rapport à d’autres pays. Et les données de 2013 de Statistique Canada ont révélé que le capital social était demeuré relativement stable entre 2003 et 2013, 65 % des Canadiens ayant participé en tant que membres d’un groupe, d’une organisation ou d’une association, et près de la moitié ayant participé à des activités de groupe au moins une fois par mois.
Parallèlement, d’autres recherches ont montré que la solitude s’est accrue au Canada et que le taux de participation aux élections a également diminué depuis les années 1970, ce qui laisse entendre que les liens sociaux et l’engagement civique ne sont pas aussi forts qu’ils pourraient l’être.
En ce qui concerne la COVID-19, le capital social existant peut être un atout important pour les individus et les communautés. Des recherches ont montré qu’il est particulièrement bénéfique lors des catastrophes, car les réseaux sociaux deviennent plus importants lorsque nos vies sont mises à rude épreuve par des difficultés économiques, des maladies ou des perturbations généralisées.
Les récentes protestations peuvent indiquer un changement positif en ce qui concerne le capital social au Canada, puisque des milliers de personnes se sont rassemblées d’un océan à l’autre pour poursuivre l’objectif commun de combattre le racisme, la discrimination systémique et la violence policière. Malgré les risques associés au rassemblement de grands groupes pendant une pandémie, l’Organisation mondiale de la santé a apporté son soutien aux protestations. De nombreux responsables de la santé publique ont reconnu que les manifestations représentent une forme « essentielle » de rassemblement public. Elles sont directement liées au racisme structurel qui expose les groupes noirs, autochtones et racialisés à un risque accru pendant la pandémie, ce qui entraîne des taux nettement plus élevés d’infection et de décès liés à la COVID-19 dans ces communautés.
Ainsi, le capital social est à la fois tendu et plus ciblé en ce moment particulier, car les gens sont obligés de regarder les inégalités déjà présentes dans leur pays continuer à s’accroître. Frank Roberts, professeur à l’université de New York et expert des mouvements sociaux américains comme Black Lives Matter a déclaré à la BBC: « Vous avez une situation où tout le pays est en confinement et plus de gens sont à l’intérieur en train de regarder la télévision… plus de gens sont obligés de prêter attention – ils sont moins capables de détourner le regard,ils ont moins de distractions ». Dans un certain sens, c’est exactement ce dont il s’agit : détourner l’attention des individus pour la porter sur les systèmes sociaux et les besoins des groupes.
Une autre question posée dans le sondage ICC/Léger était de savoir si les Canadien·ne·s croyaient que la crise COVID-19 allait « rapprocher les diverses communautés du Canada ». Le sondage a révélé que les Canadiens étaient plus nombreux·ses à penser que la crise rassemblerait des communautés diverses (43 %) que ceux qui ne le pensaient pas (32 %), les autres se déclarant incertains. Les Canadiens de couleur étaient plus souvent d’accord avec cette affirmation que les Canadiens blancs, et les jeunes Canadiens étaient plus optimistes que les Canadiens plus âgés.
Les protestations répandues de St. John’s à Vancouver en faveur des mesures antiracistes peuvent être considérées comme une indication positive que le désir de se réunir pour poursuivre des objectifs communs reste fort chez les Canadiens. En attendant, grâce à des mesures de distanciation physique et à une forte adhésion aux règles de fermeture, les Canadiens ont réussi à aplatir la courbe des infections à la COVID-19 et le nombre de nouveaux cas dans le pays reste relativement faible.
Dans les mois – et peut-être les années – à venir, les communautés seront probablement confrontées à des défis encore plus importants, car les retombées économiques et les perturbations de notre vie quotidienne se poursuivent. Mais si les derniers mois sont une indication, nous avons de bonnes raisons d’espérer en ce qui concerne l’état du capital social au Canada.
La pandémie de COVID-19 a des répercussions disproportionnées sur les minorités ethniques, particulièrement chez les personnes noires et les Autochtones au Canada. Aux États-Unis, un nombre stupéfiant de données indiquent que les peuples noirs, autochtones et de couleur ont des taux plus élevés d’infection et de mortalité dues à la COVID-19. Or, le phénomène n’est pas encore bien cerné ici au Canada puisque les gouvernements s’acharnent à ne pas compiler les données de façon à distinguer les groupes ethniques.
Dans les dernières semaines, de nombreuses personnes plaident en faveur d’une collecte des données sur l’ethnicité dans le système de santé. Dans une lettre adressée au premier ministre Doug Ford, à la vice-première ministre, Christine Elliot et au médecin-hygiéniste en chef, David Williams, 192 organismes demandent au gouvernement ontarien de commencer à compiler des données raciales et sociodémographiques dans le contexte de la pandémie. « Nous ne pouvons aborder ce que nous ne pouvons mesurer et évaluer », expliquent les auteurs·trices de la lettre. « Nous ne pouvons pas lutter contre les inégalités en matière de santé dans la population et contenir efficacement la COVID-19 sans des données qui révèlent les lacunes à l’accès aux soins dans notre système ».
Depuis, le gouvernement de l’Ontario a ajouté une question sur la race et l’ethnicité posée aux patients atteints de la COVID-19. D’autres provinces, notamment le Québec et le Manitoba, ont annoncé des modifications semblables.
Mais alors, pourquoi donc ces données n’étaient-elles pas compilées dès le départ? Questionné sur la collecte de données raciales en avril dernier, le médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario suggérait que la province devait adopter une approche « daltonienne » de la crise. « Toutes les personnes sont également importantes pour nous, peu importe leur couleur, leur ethnie ou leurs origines », explique le Dr Williams.
Si une approche de la pandémie non fondée sur la couleur laisse supposer un semblant d’égalité de traitement de prime abord, ces politiques « daltoniennes » risquent en fait de nous empêcher de nous attaquer à d’importants problèmes, parce qu’elles occultent les inégalités qui existent parmi les ethnies. Sans données raciales, les changements systémiques quant aux inégalités et aux politiques discriminatoires seront plus difficiles à réaliser.
Selon la Commission ontarienne des droits de la personne (CODP), les données raciales pourraient jouer un rôle important dans la mise en œuvre d’un code des droits de la personne. La fiche de collecte de données de la CODP indique que « dans le contexte de la discrimination raciale, la collecte de données est un outil nécessaire et parfois essentiel pour déterminer s’il y a ou pourrait avoir atteinte à des droits en vertu du Code ou pour prendre des mesures correctives ».
Si aucun motif réglementaire n’explique le choix des gouvernements canadiens de ne pas compiler de données raciales, la population pourrait conclure que lutter contre le racisme en s’appuyant sur des données essentielles n’est simplement pas une priorité pour les autorités. « La discrimination n’est pas nécessairement dans ce que l’on fait. Elle se cache aussi parfois dans ce qu’on omet de faire, », a expliqué sur les ondes de CBC le Dr Kwame McKenzie, président et chef de la direction du Wellesley Institute et professeur titulaire au Département de psychiatrie de l’Université de Toronto. « Le fait que ces données n’aient pas été colligées jusqu’à maintenant peut passer pour de la négligence : tout le monde savait bien que nous devions recueillir cette information, mais cela n’était jamais mis en priorité ».
Les données raciales revêtent une importance particulière au Canada pour déboulonner le mythe persistant que le racisme n’existe pas au pays. Un sondage de Global News réalisé en 2019 révèle que près de la moitié des répondants sont d’avis que le racisme est un « problème mineur » ou « pas vraiment un problème » au Canada. Chose frappante, ce même sondage révèle des préjugés racistes bien ancrés chez la population canadienne; près de la moitié des répondants dit être « fortement en accord » ou « plutôt d’accord » avec l’énoncé suivant : « J’ai des pensées racistes à l’occasion, mais je n’en parlerais pas en public ».
En recueillant des données raciales sur la COVID-19 et d’autres problèmes, il sera d’autant plus difficile pour les Canadiens d’ignorer – ou de plaider l’ignorance – quant aux inégalités qui existent entre les différents groupes ethniques. Les données raciales dont nous disposons montrent déjà des inégalités importantes de revenu, tout comme un taux d’incarcération, d’expulsion d’établissement d’enseignement, d’insécurité alimentaire et d’itinérance plus élevé chez les personnes noires, autochtones et de couleur que dans la population canadienne blanche.
La qualité des données raciales ainsi que la manière de les colliger et de les utiliser doivent aussi être prises en considération. Par exemple, bien que certaines données aient été recueillies sur les communautés autochtones, on peut se questionner sur la fiabilité de ces dernières. Une recherche effectuée par le Yellowhead Institute montre des écarts entre le nombre de cas de COVID-19 calculé par Services aux Autochtones Canada (SAC) et le nombre rapporté par les communautés elles-mêmes. Au début mai, SAC rapportait 175 cas de COVID-19 dans les communautés autochtones alors que les données provenant des communautés elles-mêmes indiquaient que ce nombre était près de trois fois supérieur, soit 465 cas rapportés.
Ces écarts montrent bien que le Canada abandonne encore une fois ces communautés en ne fournissant pas de données raciales désagrégées, en n’assurant pas la coordination entre les gouvernements provinciaux et fédéral pour une collecte de données précises et en omettant de prendre en compte les nombreux Autochtones qui vivent hors réserves.
« Cette pandémie démontre, encore une fois, que le Canada ne se préoccupe pas du sort des peuples autochtones », écrivait Courtney Spike, analyste des politiques du Yellowhead Institute dans un article récent. « Ce problème est soulevé depuis longtemps par nos communautés et nous avons les données – ou plutôt, le manque de données – pour le prouver ».
La pandémie de COVID-19 marque un tournant dans la discussion sur la collecte de données et, dans la foulée des violences policières récentes et des manifestations antiracistes qui ont suivi, les défenseurs de la cause revendiquent maintenant une collecte de données raciales pour cet autre problème. Jusqu’à maintenant, l’on constate des progrès dignes de mention : en Ontario, le chien de garde des services policiers de la province commencera à recueillir des données raciales pour la première fois et Statistiques Canada colligera quant à lui des données raciales associées aux répercussions de la COVID-19 sur les taux d’emploi, entre autres mesures.
Toutefois, les gouvernements devront aller plus loin. Dans des pays comme les États-Unis, où des données raciales complètes sur les disparités ethniques en santé et d’autres domaines sont recueillies et généralement publiques, les communautés noires, autochtones et de couleur continuent néanmoins de subir des inégalités importantes. En encore, même lorsque des données sont recueillies, elles ne sont pas toujours publiées. Récemment, les données fédérales sur la répartition des cas de COVID-19 selon l’ethnie ont été rendues publiques après seulement que le New York Times ait poursuivi en justice les Centers for Disease Control and Prevention, les obligeant à publier ces données.
Nous savons déjà que les communautés noires, autochtones et de couleur au Canada sont confrontés à certains problèmes, notamment des logements inadéquats et des conditions de travail dangereuses en tant que travailleur·euse·s essentiel·le·s, ce qui explique pourquoi elles sont davantage frappées par la COVID-19. Puisqu’il s’agit d’une question de vie ou de mort, un véritable changement doit s’opérer rapidement : une collecte de données précises est la première étape.
Lors des interruptions causées par la pandémie de COVID-19, on a dit aux Canadiens de rester à la maison afin de réduire les taux d’infection. À la fin mars, alors que la pandémie commençait à s’installer dans le pays, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré aux Canadien·ne·s, dans un discours télévisé, « rentrez à la maison et restez-y. »
Mais pour beaucoup, ces directives de santé publique se sont avérées plus difficiles à suivre. D’innombrables Canadiens continuent de lutter pour accéder à un logement sûr et abordable, ce qui les expose à un risque encore plus grand pendant la pandémie.
Le manque de logements abordables et les salaires peu élevés ont été au cœur des problèmes de logement au Canada. Près d’un Canadien sur cinq dépense plus de 50 % de son revenu sur le loyer et 53 % des Canadiens vivent d’une paie à l’autre.
Bien que les prix des loyers aient été revus à la baisse dans certaines villes pendant la pandémie, ils restent généralement élevés – en particulier dans les grands centres urbains comme à Toronto et à Vancouver. Cette réalité, combinée aux licenciements massifs liés à la COVID-19, fait courir aux Canadiens le risque d’une instabilité du logement.
Un soutien au revenu a été offert par l’entremise de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et des subventions locatives ont été mises en place dans certaines provinces pour tenter d’alléger la pression sur les locataires, mais certains Canadiens passent encore entre les mailles du filet. Une étude réalisée en avril par l’organisation communautaire ACORN a révélé que sur les plus de 1 000 personnes interrogées, 42 % n’avaient pas droit à la PCU ni à l’assurance-emploi (AE) pendant la pandémie, et que plus d’un tiers des personnes ont déclaré qu’elles n’auraient pas assez d’argent pour payer leur loyer le 1er mai.
La COVID-19 a notamment touché les communautés autochtones, où la surpopulation et les logements inadéquats demeurent un problème de longue date. Un rapport de l’Institut urbain du Canada a constaté que, par rapport aux Canadiens de race blanche, un plus grand nombre de membres des Premières nations, des communautés métisses et des Inuits du Canada ont déclaré que la COVID-19 a eu une incidence majeure sur leur vie.
Cela n’est pas surprenant compte tenu des conditions de vie dans de nombreuses communautés autochtones. Selon le recensement de 2016, environ 23 % des membres des Premières nations vivent dans des logements surpeuplés. Pour les communautés Inuites vivant dans l’Inuit Nunangat (les quatre régions qui constituent le territoire de la majorité des Inuits au Canada), ce chiffre était d’un peu plus de 40 %. De nombreuses communautés n’ont pas accès à des sources fiables d’eau propre.
Si leurs besoins essentiels ne sont pas satisfaits, les communautés autochtones ne sont pas outillées pour se protéger contre les épidémies de COVID-19. Un rapport du Centre canadien de politiques alternatives sur les conditions de logement des populations autochtones lors de la COVID-19 a conclu que « demander aux gens de se laver les mains et de s’isoler dans des maisons surpeuplées sans eau courante, c’est comme demander aux gens qui n’ont pas les moyens de se payer du pain, de manger du gâteau ».
La pandémie de COVID-19 révèle la corrélation entre le logement et la santé, et comment le fait de jouir d’un lieu sûr qu’on appelle notre chez-soi peut protéger les individus et les communautés pendant les crises sanitaires. Bien que nous ayons tendance à considérer le logement et la santé comme deux questions distinctes, il y a des données probantes qui réfutent cette croyance. Les chercheur·cheuse·s ont constaté que le logement inadéquat était lié à un ensemble de choses comme l’asthme, la dépression et les taux de mortalité des personnes âgées.
L’approche « Logement d’abord », qui consiste à trouver des logements à des personnes en situation d’itinérance, reconnaît la corrélation entre le logement et la santé et a largement démontré son efficacité pour réduire, et dans certains cas – comme dans la ville de Medicine Hat, en Alberta. – pour éliminer carrément le sans-abrisme lorsque mise en œuvre de façon rigoureuse.
Pour les communautés autochtones, la définition de « Logement d’abord » est encore plus vaste et inclut les liens avec la communauté et la terre. Dans un rapport de l’Université de Winnipeg et de l’Institute of Urban Studies, les chercheur·cheuse·s ont examiné comment adapter les stratégies de Logement d’abord dans les communautés autochtones. Le rapport portait essentiellement sur la ville de Winnipeg, où l’on estime que 66 % de la population sans-abri est autochtone, et a formulé des recommandations basées sur des consultations avec les ancien·ne·s et les dirigeant·e·s de la communauté locale.
Un exemple de ce à quoi ces changements pourraient ressembler se situait à l’étape de l’admission : le rapport recommandait que les outils d’admission et d’évaluation typiques n’étaient pas appropriés aux contextes autochtones et que des processus d’admission trop cliniques et invasifs risquaient de traumatiser encore plus les individus. Dans l’ensemble, le rapport recommande d’adopter une vision plus holistique dans la lutte contre le sans-abrisme et, contrairement à l’individualisme soutenu par les stratégies typiques du programme Logement d’abord, souligne l’interdépendance des communautés.
Le lien entre la santé et le logement a également été mis en évidence dans le rapport. « Pour les peuples autochtones sans abri », le rapport indique que « l’accès à un logement culturellement adapté, approprié et abordable contribue directement à l’amélioration de la santé, du bien-être et de la stabilité ».
Bien que la plupart des réponses aux crises du logement et de la santé au Canada aient été globalement inadéquates, la pandémie de COVID-19 a présenté quelques exemples positifs de la manière dont le sans-abrisme peut être traité lorsque les gouvernements choisissent de donner la priorité aux questions de logement. À Toronto, la ville a libéré environ 1 200 chambres d’hôtel pour les gens en maisons d’hébergement, et dans certains cas, la pandémie a facilité et accéléré le processus de recherche de logement.
Un sentiment d’urgence similaire pourrait être appliqué au monde post-COVID-19, affirment les défenseur·euse·s. Naheed Dosani, un médecin qui travaille avec les populations sans-abri, a affirmé dans Policy Options que la pandémie a montré que des politiques nouvelles et transformatrices sont possibles en matière de sans-abrisme.
« Lorsque nous aurons surmonté cette crise, sommes-nous prêts à repousser les gens là où ils étaient, dans les rues et les maisons d’hébergement », écrit Dosani. « Ou sommes-nous prêts à accepter que la solution au problème des sans-abri est entre nos mains? Nous avons juste besoin de la volonté morale et politique pour y parvenir. »
En prévision de la fête du Canada, nous avons passé une entrevue avec Joy Abasta, une nouvelle citoyenne canadienne originaire des Philippines, à propos de ce que la fête du Canada représente pour elle et de ce qu’elle a prévu pour souligner cette journée.
Cette entrevue a été modifiée pour des raisons de clarté et de longueur.
L’Institut pour la citoyenneté Canadienne : Comment prévoyez-vous célébrer la fête du Canada?
Joy Abasta: J’y ai beaucoup réfléchi, parce que la Journée nationale des peuples autochtones est célébrée le 21 juin et que c’est très proche de la fête du Canada, qui a lieu le 1er juillet. Avant, je célébrais toujours la fête du Canada, parce pour moi en tant qu’immigrante, c’est finalement l’occasion de célébrer avec les Canadiens. Je suis ici et tout le monde est libre. Nous essayons tous d’être justes et polis et nous sommes reconnus ailleurs dans le monde comme étant des gens sympathiques, qui disent toujours « merci » et « désolé·e ». Mais lorsque j’ai commencé l’école en septembre 2019 et que je me suis plongée dans les études autochtones, j’ai réalisé que l’histoire du Canada avait un côté particulièrement sombre. Maintenant, je suis un peu partagée.
Mon conjoint et moi en parlions juste ce matin… nous nous sommes demandé comment nous pouvions célébrer à la fois la culture autochtone et le Canada comme tel. Il a alors dit : « Oh, tu sais quoi? Nous pouvons aller faire un tour à Squamish puisqu’il y a aussi beaucoup d’histoire là bas. Puis, nous pourrons chercher des œuvres d’art autochtones, partir en randonnée et bien d’autres choses ». En plus, il y a une appli qui a été créée par le Dr Rudy Reimer, elle s’appelle Ímesh. Il suffit de l’ouvrir pour savoir sur quel territoire on est lorsqu’on se promène. Elle donne le nom de l’endroit et à quoi il sert, pour la cueillette de petits fruits ou pour la pêche et d’autres choses encore. C’est donc ce que nous allons probablement faire.
Qu’est-ce qui vous a poussée à vouloir découvrir les cultures et les communautés autochtones?
J’ai emménagé ici en 2014, et à l’époque, je ne savais rien de la culture autochtone. J’ai commencé à faire du bénévolat pour différents organismes et en 2016, j’ai travaillé comme bénévole au Centre de maintien de l’ordre communautaire de Vancouver, dans la partie ouest. Tout le monde parlait de la Marche de la réconciliation. Je me suis donc inscrite parce que j’avais besoin des heures de bénévolat pour le mois, puis j’ai réalisé que c’était pour les communautés autochtones. Je pense que c’est à ce moment-là que tout a véritablement commencé pour moi, cela a amorcer les discussions et a attisé ma curiosité.
Avant d’emménager ici, j’avais entendu dire tellement de bien à propos du Canada, comme « C’est mieux que les États-Unis parce qu’il y a des soins de santé ». Quand j’ai débarqué ici et que j’ai vu ce que je faisais au centre de maintien de l’ordre, j’ai été constaté ce qui s’était passé dans les communautés autochtones et ce qui leur était arrivé – l’assimilation, le génocide. C’était horrible. C’est toujours difficile d’en parler, même avec mes élèves à l’école, parce que moi aussi, je découvre tout cela. Pourtant, nous devons tous parler de ces moments difficiles. Depuis lors, chaque fois que je pars à la découverte d’une nouvelle ville au Canada, j’essaie de me faire un devoir d’aller voir s’il y a une œuvre d’art autochtone, peut-être un musée, ou quelque chose qui met en valeur l’histoire des communautés autochtones qui y vivent.
Qu’est-ce qui vous pousse à vouloir encore en apprendre davantage?
Je vois des similitudes entre ce qui s’est passé au Canada et ce qui s’est passé aux Philippines. Les Philippines ont aussi été colonisées, par les Espagnols. Aux Philippines, j’ai toujours entendu parler de la colonisation, mais c’est tout. Je n’ai pas réalisé le poids de ce mot, jusqu’à ce que j’emménage ici et que je réalise ce qui s’était passé pendant la colonisation et ce qui était arrivé aux peuples autochtones du Canada. Le Canada est mon pays et peut-être que je fais de la projection, mais je veux aussi être une alliée des populations autochtones. Je ne pourrai jamais ressentir le traumatisme qu’ils ont vécu, mais comme étudiante en santé publique, et je l’espère, comme fonctionnaire de la santé publique plus tard, je pense qu’il est vraiment important pour ma carrière de toujours penser aux personnes noires, autochtones et de couleur. Ici à Vancouver, ou en Colombie-Britannique, on en parle encore beaucoup. J’ai donc voulu devenir une alliée pour essayer de creuser davantage et amener les gens autour de moi à réfléchir à ce qui se passe autour de nous. La plupart du temps, les gens peuvent ignorer ce qui arrive aux autres autour d’eux, en particulier si ces autres ne sont pas de culture ou d’origine semblable.
Comment avez-vous découvert les communautés et les cultures autochtones?
Si je vais quelque part, comme à Whistler, je visiterai toujours les musées qui présentent l’histoire et la culture autochtones. Je crois que les musées ont été ma première ressource pour découvrir les populations autochtones. Puis, j’ai commencé l’école en septembre 2019, je le dois aux professeurs et aux superviseurs que j’ai eus, parce que je suis également un AE [aide-enseignante] en études autochtones. Dre Joyce Schneider, Dr Rudy Reimer et Dre Madeline Knickerbocker en savent beaucoup sur les études autochtones. Les Dres Rudy et Joyce sont membres de la communauté autochtone et Madeline est une blanche qui travaille depuis environ 10 ans sur les communautés Stó:lō en Colombie-Britannique. Je suis vraiment contente de les connaître.
En quoi est-ce que célébrer les cultures autochtones fait partie de la célébration de la fête du Canada? En quoi est-ce que cela n’en fait pas partie?
Nous devons célébrer la culture autochtone ainsi que les peuples et les communautés autochtones le jour de la fête du Canada. Je ne sais pas si le terme « célébrer » est adéquat, mais il faut simplement reconnaître qu’ils étaient ici les premiers, depuis au moins 12 000 ans avant l’arrivée des colons blancs ou des colonisateurs. À quoi servent la réconciliation et les autres actes de décolonisation que nous posons chaque jour si nous ne pouvons faire de la fête du Canada une célébration qui vaut la peine?
Comment êtes-vous restée en contact avec la culture et l’art autochtones pendant la pandémie?
Cela a été dur, c’est certain. Il existe une tonne de ressources en ligne et j’ai eu la chance d’être encore AE, de sorte que je me sens encore liée à mon soutien aux populations autochtones. Ce que j’ai fait cet été, jusqu’à présent, c’est d’apprendre à prononcer des mots ou des termes précis dans une langue autochtone. Je crois qu’il y a plus de 600 langues autochtones au Canada, mais ici à Vancouver, la langue principale est le hul’q’umi’num’. J’essaie d’apprendre à dire « bonjour » et « merci », vous savez, des mots de base dans leur langue. Les langues autochtones sont en train de mourir; peu de peuples autochtones savoir les parler, en raison de la colonisation et de l’assimilation. Donc, moi, je veux juste essayer de faire un effort pour apprendre ces mots courants, parce que la langue fait vraiment partie intégrante de la culture de chacun.