Le 1er avril, le Migrant Rights Network, un groupe d’organismes pancanadien qui défend les droits de la main-d’œuvre étrangère, a écrit une lettre aux fonctionnaires les exhortant à mettre en place des lignes directrices visant à protéger la santé et la sécurité des travailleurs étranger·ère·s vulnérables. La lettre précise : « Le refus d’imposer ces changements entraînera de terribles conséquences pour la santé publique et constituera un affront catastrophique à l’égard des droits de la personne. »
Selon un rapport récent de la Migrant Workers Alliance for Change (MWAC), le Migrant Rights Network a envoyé plusieurs autres lettres aux autorités provinciales et fédérale dans lesquelles il énonçait les préoccupations des travailleurs vulnérables. Ces lettres demeurent sans réponse. Depuis, trois ouvriers travaillant sur ferme en Ontario, Bonifacio Eugenio Romero, Rogelio Muñoz Santos et Juan López Chaparro, ont succombé à la COVID-19.
Les travailleurs étranger·ère·s temporaires dénoncent depuis plusieurs années les mauvais traitements qui leurs sont infligés de même que les maigres revenus qu’on leur verse. Cependant, les organismes de défense ont compris à l’annonce des fermetures attribuables à la COVID-19 que les conditions se détérioreraient. Jusqu’à présent, au moins 17 flambées ont été rapportées sur des fermes partout au pays et un minimum de 600 travailleu·r·se·s ont obtenu un résultat positif.
Même si on tient peut-être pas compte des travailleu·r·se·s étranger·ère·s comme faisant partie de la main-d’oeuvre canadienne, ceux-ci représentent en fait environ 40 % du personnel agricole en Ontario et près du tiers de l’effectif agricole au Québec, en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse d’après des données de 2017. Les travailleurs migrant·e·s constituent un élément important de l’économie canadienne et leur apport s’est avéré essentiel à l’approvisionnement alimentaire de lors de la pandémie.
Or, malgré cette réalité, ces personnes ne jouissent toujours d’une protection adéquate. Entre la mi-mars et la mi-mai, la MWAC a reçu plus de mille plaintes déposées au nom de travailleurs provenant de partout au pays. Ces plaintes déploraient notamment des pertes de revenus, des mauvaises conditions de logement et des actes d’intimidation perpétrés par des employeurs.
Le rapport de la MWAC fait état des pratiques d’exploitation d’employeurs et du contrôle anémique du gouvernement dont les travailleu·r·se·s migrants sont victimes. En vertu des nouveaux règlements, les travailleurs devaient se mettre en quarantaine dès leur arrivée Canada dans un logement que l’employeur·se leur fournissait, en plus de toucher une rémunération équivalant à 30 heures de travail par semaine.
Toutefois, plusieurs travailleurs dénonçaient le surpeuplement des logements, le manque d’accès à des installations d’assainissement et la quantité de nourriture insuffisante offerte par l’insuffisante pour subvenir aux besoins de tous les employés. Des centaines de travailleurs ont aussi signalé ne pas avoir reçu une rémunération conforme aux lignes directrices du gouvernement pendant la période de quarantaine obligatoire. Ensuite, lorsque le travail a repris, les conditions de surpeuplement sur lieux de travail jumelées à un accès difficile aux services de soins de santé ont accru le risque des travailleu·r·se·s de contracter la COVID-19.
Ces personnes se trouvaient dans une situation précaire étant donné que d’une part, elles craignaient de tomber malades et que d’autre part, elles redoutaient les représailles de leur employeurs. Le rapport de la MWAC énonce : « Les travailleurs migrant·e·s des fermes possèdent des permis de travail qui les contraignent à la leur employeur. En d’autres termes, les travailleurs qui s’indignent ou qui signalent tout acte répréhensible peuvent aisément faire l’objet d’un congédiement, d’une déportation en plus de se voir interdire de revenir ultérieurement travailler au Canada. » « Concrètement, les travailleurs ne disposent d’aucun recours pour protester contre les conditions de travail et de logement. »
D’ailleurs, l’exemple le plus connu de ces inégalités est celui de l’usine de transformation de la viande de Cargill à High River en Alberta. Étant donné qu’elle recensait plus de 1 500 cas, dont 900 d’entre eux étaient des travailleu·r·se·s, cette usine est devenue le site de l’une des plus grandes flambées de COVID-19 en Amérique du Nord.
La plupart des travailleu·r·se·s à cette usine sont des immigrants ou des travailleurs étrangers temporaires et leur statut, à l’instar de leurs pairs oeuvrant dans les champs, les vignobles et les serres au Canada, est tributaire de leur emploi.
Cette précarité conjuguée aux pressions économiques accroît la vulnérabilité des travailleu·r·se·s aux pratiques d’exploitation de leur employeur. Une enquête menée par la CBC a révélé que les ouvriers de l’usine de Cargill ont été contraints de travailler dans des espaces restreints et parfois même des conditions dangereuses et que certains d’entre eux ont subi des pressions pour reprendre leur poste après avoir contracté la COVID-19.
En effet, deux semaines et un jour après le décès d’un membre du personnel ayant travaillé à l’usine de Cargill depuis 23 ans, Hiep Bui, l’usine a rouvert ses portes et a repris ses activités, faisant fi des préoccupations des travailleurs et des représentants syndicaux qui craignaient une autre flambée et qui demandaient à ce que les conditions de travail soient adaptées en conséquence.
Au moment où la nouvelle de la flambée à Cargill se répandait, les travailleu·r·se·s philippin·e·s, qui représentent environ 70 % de l’effectif de l’usine, ont signalé avoir été ciblés en ligne par des résidents qui les accusaient d’avoir transmis le virus en Alberta. Certaines de ces personnes ont rapporté avoir été chassées de banques et d’épiceries parce qu’elles travaillent à l’usine.
Les gens s’inquiètent davantage des répercussions des problèmes d’approvisionnement alimentaire découlant de flambées dans les usines d’emballage de viande et les fermes sur les consommateurs canadiens que des conséquences sur les travailleurs qui veillent à l’approvisionnement des épiceries. Qui plus est, on traite les nouveaux immigrants à faible revenu et les travailleurs migrants comme des biens jetables, bien qu’ils occupent des « emplois essentiels » au Canada et on ne leur accorde pas le même accès aux services.
Sans l’application de mesures de protection strictes, ces travailleu·r·se·s demeureront à la merci des employeurs qui les contraindront à travailler dans des conditions dangereuses. Le rapport de la MWAC cite un travailleur étranger de la Jamaïque : « On nous traite comme des machines. Nous voulons seulement qu’ils nous considèrent comme des êtres humains. »
L’Institut pour la citoyenneté canadienne et l’ambassade du Canada au Mexique se sont associés pour la deuxième partie d’une série de dialogues Mexique-Canada en trois parties, sur la façon dont les femmes* sont valorisées, particulièrement en ce qui a trait au travail et à la violence familiale depuis le début de la crise de la COVID-19. Ce dialogue est axé sur trois thèmes clés : Qu’entendons-nous par le « travail des femmes », qu’il soit rémunéré ou non, par la violence faite aux femmes en tant que problème mondial, quelles sont les leçons tirées des politiques mises en œuvre pour réduire les inégalités et la violence contre les femmes? Les femmes ont été particulièrement touchées par la pandémie, tant en ce qui concerne la violence familiale que le niveau de risque auquel elles sont exposées dans le cadre des professions qu’elles exercent et qui sont souvent moins prisées, à savoir les soins de santé, l’éducation, les services de garde d’enfants, les soins aux personnes âgées, la gestion du ménage, ainsi qu’une variété d’autres fonctions qu’elles occupent au sein de l’industrie des services.
*Toute personne qui s’identifie comme une femme ou une femme non binaire.
En vedette
– Présentateur : Ambassadeur Graeme C. Clark
– Animatrice : Juana Inés Dehesa-Christlieb
– Invitées : Karen Padilla (Mexique), Catherine Hernandez (Canada), Ana Pecova (Mexique)
– Interprète : Teresa Flores
Principaux points
Alors que la COVID-19 peut se propager, peu importe la race, le sexe ou la classe sociale, nous avons pu constater que ses répercussions sont inégales.
Les femmes forment un groupe diversifié. Lorsqu’on tient compte d’autres facteurs en plus du sexe, comme la race, l’ethnicité, l’orientation sexuelle ou la capacité, on constate que les effets économiques, sociaux, psychologiques et les répercussions sur la santé de cette crise varient en conséquence. Cela, ajouté à la discrimination systémique qui existe à l’égard des femmes en milieu de travail et à la maison, vient aggraver les conséquences de la crise.
La responsabilité du travail lié aux soins essentiels ne devrait pas uniquement reposer sur les femmes. De plus, ces emplois occupés par des femmes ne devraient pas être considérés comme étant non qualifiés, ou payés comme tels. La crise de la COVID-19 nous a démontré à quel point les emplois liés aux soins sont essentiels pour assurer la santé et le bon fonctionnement de notre société. Ce travail, y compris les services de garde d’enfants et les soins aux aînés, ainsi que le travail en éducation exige des qualifications et il doit être compensé financièrement en conséquence.
Les données ne nous permettent pas toujours de voir toute la portée ou l’étendue de la violence familiale. Toutefois, les données dont nous disposons sont préoccupantes.
Les données sur la violence familiale ne nous permettent pas de voir toute l’étendue du problème en raison des difficultés liées aux signalements, du manque de transparence et des innombrables cas qui n’ont pas été documentés avant un rapport final. Selon une enquête de Statistique Canada, une Canadienne sur 10 a mentionné que la violence conjugale faisait partie de ses trois préoccupations principales pendant de la pandémie. Comme plusieurs rapports et appels à l’action sur les disparitions et les meurtres de femmes autochtones au Canada l’ont clairement établi, cela n’affecte pas toutes les femmes de la même manière. Au Mexique, les appels aux refuges pour femmes ont augmenté de 60 % en avril 2020. Cette année, on compte environ 10 féminicides par jour au Mexique. Toutefois, il n’est pas possible d’établir clairement si ces chiffres ont augmenté depuis le début de la pandémie de COVID-19. La violence familiale est le crime qui fait l’objet du deuxième plus grand nombre de plaintes officielles au Mexique, même s’il s’agit d’un crime particulièrement difficile à rapporter.
Il est nécessaire d’éduquer et de sensibiliser davantage le public sur les systèmes de soutien, sur les refuges et sur les processus judiciaires et juridiques qui existent pour les survivant·e·s de violence familiale.
Le processus de recours aux systèmes de soutien pour la violence familiale peut être assez opaque et inaccessible. Il faut en faire plus pour faire connaître les refuges, les lieux sécuritaires non sexistes et les cliniques de planification familiale qui existent et sensibiliser davantage la population quant à l’importance d’un soutien à la fois psychologique et physique. Quels sont les systèmes disponibles pour les gens qui ne parlent pas la langue du service d’assistance téléphonique ou pour ceux et celles qui n’ont pas accès à un téléphone?
Jusqu’à présent, les changements aux politiques publiques sont limités aux problèmes domestiques. Si nous voulons éliminer la violence contre les femmes, nous devons comprendre ce que cette violence cache. Ce qui se passe dans la vie d’une femme avant qu’elle rapporte un cas de violence familiale ou qu’elle soit victime d’un féminicide? Comme la violence familiale se produit dans la sphère privée, c’est à la collectivité que revient la tâche de prendre des mesures préventives et adaptées. Il faut commencer par définir la masculinité toxique au sein de notre propre famille, valoriser et protéger la féminité, ainsi que le travail de soins, distribuer le travail de manière équitable et préciser clairement les comportements inacceptables. La masculinité toxique et le machisme doivent être éliminés et faire l’objet de discussion pour désapprendre ces comportements dangereux et arrêter de les renforcer.
Les politiques de lutte contre la violence familiale doivent inclure davantage l’identité de genre, l’expression de genre et l’orientation sexuelle et elles doivent tenir compte de la manière dont leur chevauchement affecte à la fois la violence familiale et les systèmes de soutien communautaire. Ces systèmes ne doivent pas seulement être accessibles à ceux qui répondent aux critères bien définis de « femmes victimes de maltraitance infligée par des hommes », mais ils doivent aussi faire en sorte de ne pas exclure ou discriminer les personnes qui souffrent de maladie mentale, d’alcoolisme ou d’un traumatisme.
Même si nous devons viser la mise en place de mesures de prévention, nous devons entre-temps assurer le financement de mesures adaptées ou d’atténuation. Les programmes qui aident les femmes à payer leur loyer et leur donnent accès à un lieu sécuritaire leur permettent de sortir d’une situation dangereuse. Il faut se rappeler que souvent leur principale préoccupation est de se sortir de la violence, et non de punir leurs agresseurs.
Plutôt que de simplement envisager de nouvelles politiques, nous devons nous pencher sur les politiques qui encore aujourd’hui favorisent l’inégalité. Pour changer les choses, nous devons comprendre en quoi l’égalité entre les sexes fait défaut dans chaque domaine des politiques. Au lieu d’étudier problèmes en silos, vous devons examiner comment les politiques relatives à la justice, au logement et à la décriminalisation s’entrecoupent et affectent de façon négative les femmes.
Nous devons entièrement repenser nos institutions et nos structures de la justice, investir dans le soutien communautaire et nous inspirer des systèmes informels qui ont fait leurs preuves en matière de sécurité et de soutien, sans l’intervention de la police. Nous ne pouvons pas continuer à miser sur les systèmes de justice traditionnels, soit la police et les tribunaux, pour faire face à la violence fondée sur le genre puisqu’il a souvent été démontré que ces systèmes exacerbaient les difficultés. Nous avons beaucoup à apprendre des systèmes informels qui offrent des services de soutien et de sécurité efficaces en dehors des institutions judiciaires traditionnelles. Par exemple, les travailleur·euse·s du sexe ont développé des aptitudes pour soutenir leur milieu en la matière. Nous devons valoriser et respecter ces systèmes et les personnes qui y travaillent si vous voulons apprendre de leur expérience.
Les circonstances actuelles imposent que nous redoublions d’efforts pour nous attaquer au problème flagrant du racisme systémique. Au regard de cet enjeu, nous nous posons la question suivante : quel rôle les établissements de formation professionnelle et d’enseignement régulier pourraient-ils assumer afin de préparer les muséologues à combattre les valeurs, les pratiques et les systèmes qui perpétuent le racisme au sein de nos institutions culturelles?
Nous avons discuté avec Megan Sue-Chue-Lam, Chloé Houde, Dominica Tang et Denise Tenio qui ont créé l’association Museum Professionals of Colour (MPOC) en février 2019. Ensemble, ces étudiantes dirigent une organisation vouée à corriger le manque de diversité ethnique dans leur programme de maîtrise en études muséales (MMSt) à la faculté de l’information de l’Université de Toronto. Lors de cette entrevue, elles nous ont parlé de leur parcours, leur travail ainsi que de leur vision de la diversité, l’équité, l’inclusion et l’accessibilité (DEIA) dans les musées.
[Photo : Le Detox Panel a eu lieu en partenariat avec la Museum Studies Student Association. Wendy Ng, J’net Ayay Qwa Yak Sheelth et Just John Samuels.]
Pourquoi avez-vous fondé l’association Museum Professionals of Colour (MPOC)?
Megan : Le domaine muséal, qui englobe notamment notre programme, est constitué principalement de personnes blanches au Canada. Je voulais en discuter avec les autres personnes de couleur (PDC) dans programme parce que j’éprouvais un vif sentiment d’isolement pendant nos cours et que je doutais que ceux-ci me prépareraient vraiment à ma carrière étant donné que je ne suis pas blanche. J’utilise le terme PDC car les personnes noires et autochtones sont très peu représentées et qu’il est impossible que tout le monde souhaite ou soit en mesure de faire partie de ce groupe. Il existe une bonne camaraderie entre tous les pairs, mais la présence des personnes de race blanche et d’origine européenne prédomine le contenu et l’enseignement de nos cours. Tous nos professeur·e·s sont de race blanche et ne peuvent donc pas nous conseiller sur la réalité d’une PANDC en muséologie. Alors, le besoin d’éprouver un sentiment d’appartenance, d’approbation et de soutien m’a poussée à agir.
Je souhaitais aussi former un groupe en vue de tisser notre propre réseau de PANDC oeuvrant en muséologie afin d’éviter aux prochain·e·s étudiant·e·s de notre programme de subir ce même sentiment d’isolement. D’ailleurs, selon les propos de diplômé·e·s, il s’agirait d’une initiative que bon nombre d’étudiant·e·s désiraient voir se concrétiser. Au bout du compte, nous aspirons réussir dans le domaine muséal parce que nous croyons fermement en l’influence bénéfique des musées.
Existait-il une association étudiante de ce genre auparavant?
Dominica : Il y a quelques années, le programme de MMSt disposait d’un groupe offrant occasionnellement du soutien aux étudiant·e·s de couleur, mais ce dernier s’est dissous après la graduation de ses membres. Dans le souci d’offrir aux futur·e·s étudiant·e·s de couleur une soutien, nous avons décidé de jeter les bases de notre organisation et de l’inscrire à titre d’association étudiante approuvée à l’Université de Toronto. À l’échelle mondiale, il existe maintes organisations indépendantes d’envergure qui s’attaquent au manque de diversité dans les musées. Nous nous sommes inspirées notamment du Museum Detox, une organisation indépendante qui appuie les professionnel·le·s du monde muséal de race noire, asiatiques et issu·e·s des minorités ethniques, comme modèle à instaurer au Canada.
Denise : Or, dans la plupart des cas, les membres du personnel d’un musée composent leur propre comité de DEIA et leurs activités se bornent à leur établissement. Nous attendons toujours l’arrivée d’une organisation vouée à la DEIA au sein des musées canadiens. Cela dit, si vous en connaissez une, veuillez nous en faire part! En revanche, nous avons trouvé de l’aide dans la faculté de l’information auprès du Diversity Working Group, rattaché au programme de maîtrise en sciences de l’information.
Puisqu’il s’agit d’une nouvelle initiative, comment décririez le processus jusqu’à présent?
Chloé : Dans l’ensemble, ce processus nous a entraînées dans un tourbillon (positif) qui nous a permis de réaliser que la portée des enjeux que nous voulons aborder dans notre faculté s’étend en réalité aux musées d’un bout à l’autre du pays.
Malgré tout, nous nous estimons chanceuses de baigner dans un environnement où nous pouvons compter sur l’appui de nos pairs et d’autres associations étudiantes qui souscrivent à nos principes. De surcroît, la Museum Studies Student Association de notre programme nous a prêté son concours depuis le début. Elle nous a invitées à participer à une table ronde, qui fut le premier grand événement auquel nous avons pris part. En mars, nous avons coanimé la table ronde intitulée « Museum Detox: Cleansing institutions of unconscious bias and developing anti-racist praxis ». À l’occasion, nos formidables panélistes Wendy Ng, J’net Ayay Qwa Yak Sheelth et Just John Samuels ont pris la parole. Cette table ronde a contribué à forger la réputation de la MPOC à titre d’association étudiante sérieuse au sein de la faculté de l’information en plus d’attirer l’attention de celle-ci à notre égard.
D’autres associations étudiantes prônant les valeurs de DEIA auprès de notre faculté, telles que le Accessibility Interests Working Group et le Indigenous Connections Working Group, nous ont manifesté leur appui et leur désir de collaborer avec nous. Au cours des derniers mois, notre coopération avec ces associations sur de nombreux projets fut valorisante. En outre, étant donné que nous visons des objectifs semblables, nous savons que nous pourrons unir nos forces en cas de difficultés.
Les médias sociaux nous ont permis de rencontrer des gens solidaires à notre cause avec qui nous pouvons élargir nos horizons en tant que groupe. Nous sommes impressionnées d’avoir déniché une communauté à l’extérieur de notre faculté qui croit en notre mission et nos valeurs, et qui souhaite nous aider à améliorer l’inclusion et l’équité dans le secteur muséal.
Quelles données portant sur la DEIA liées à votre programme ou au secteur muséal pouvez-vous nous fournir?
Dominica : Il nous est difficile de transmettre des données concernant le secteur muséal vu l’absence d’étude exhaustive menée au Canada sur le sujet! Aussi, puisqu’il s’agit d’un domaine qui privilégie les données concrètes aux expériences vécues, le manque de données nuit au progrès en matière de DEIA dans les musées canadiens. Dans notre programme, environ une personne sur six (approximativement 17 %) appartient à une minorité visible. Comparativement à 51 % de la population de Toronto issue des minorités visibles, notre programme est disproportionnellement représenté par des personnes blanches et ne reflète pas du tout la diversité torontoise.
Denise : Nous avons récemment recueilli des données auprès de 125 étudiant·e·s et diplômé·e·s de la faculté de l’information dans l’optique d’évaluer la portée des valeurs de DEIA à l’université. Cette collecte a été menée de concert avec d’autres associations étudiantes, à savoir : le Diversity Working Group, le Accessibility Interests Working Group, le Indigenous Connections Working Group, le Master of Information Student Council et la Museum Studies Student Association. Les réponses des 125 personnes interrogées démontrent que : (1) moins de 30 % d’entre elles se sentent soutenues par leurs pairs et professeur·e·s; (2) moins de 4 % des répondants croient qu’il n’y a pas suffisamment de cours abordant la réalité des PANDC, des LGBTABI et des personnes atteintes de déficience; (3) moins de 1 % des sujets interrogés jugent que les discussions en classe concernant la colonisation, l’emploi de termes racistes et les besoins en matière d’accessibilité sont convenablement menées; (4) seulement 14 % des répondants se sentent à l’aise de participer à ces conversations; (5) 86 % des personnes interrogées estiment que le personnel et les étudiant·e·s profiteraient d’une formation contre l’oppression. Ces résultats obtenus à la faculté comprennent, sans s’y limiter, le programme de MMSt.
Le manque de diversité chez les institutions culturelles perdure depuis fort longtemps. Quel type de formation théorique pourrait aider à régler ce problème? Quel rôle incomberait aux muséologues?
Chloé : Nous pensons que les solutions aux préoccupations dans les musées résident à l’université où les muséologues reçoivent leur formation et qu’elles comportent davantage de discussions théoriques concernant les futurs lieux de travail. À ces fins, nous n’avons ménagé aucun effort pour diversifier notre faculté à plusieurs égards. Tout d’abord, il faut diversifier le corps étudiant. Il incombe à l’université de recruter et d’admettre un nombre accru de PANDC en qualité d’étudiant·e·s. Ensuite, l’embauche de PANDC à titre de membres du personnel exercerait une influence très positive. Néanmoins, afin d’éviter toute marginalisation et tout environnement de travail et d’apprentissage toxique, la faculté est tenue d’inculquer une culture d’inclusion et d’équité propice à l’épanouissement du personnel et des étudiant·e·s appartenant aux PANDC. Une telle mesure favoriserait la baisse racisme et de la discrimination. Finalement, proposer une diversité dans les cours et programmes qui nous sont offerts nous tient fortement à cœur, car nous souhaitons profiter d’un enseignement de qualité qui nous aidera vraiment à nous préparer à notre éventuelle carrière.
Megan : Bien que la formation universitaire constitue une bonne base pour agir, le travail se résume à cela : agir. L’éducation en soi ne mène nulle part. Nous devons nous en servir pour laisser les personnes marginalisées s’exprimer. Ce travail ardu exigera que les gens sacrifient leur confort et leur sécurité, mais prêter main-forte à autrui signifie de porter une partie du fardeau de la lutte que ces personnes mènent depuis leur naissance. La tâche pourrait impliquer de confronter les gens vis-à-vis leur comportement raciste en l’absence de PANDC, laisser les PANDC prendre les rênes de projets et seconder leurs efforts, et même quitter vos fonctions si vous remarquez que votre équipe de direction ne comprend que des membres de race blanche et exclut les personnes de race noire et les Authochtones.
Chloé : Pour renchérir les propos de Megan, ces gestes se veulent une solution pour condamner le racisme institutionnel et l’éradiquer. Ces devoirs ne marquent que le début du travail à réaliser, et non de vulgaires points à cocher sur une liste. C’est un processus de longue haleine que nous devons respecter dans tout ce que nous accomplissons, en théorie et en pratique.
Qu’entrevoyez-vous pour la MPOC?
Denise : À l’heure actuelle, nous avons fixé deux objectifs pour la MPOC et nous remuerons ciel et terre pour les atteindre au cours de la prochaine année scolaire. En premier lieu, nous voulons assurer que la MPOC continuera d’exister à la faculté après avoir obtenu notre diplôme du programme de MMSt. Comment nous l’avons mentionné précédemment, cette organisation constitue principalement un groupe de soutien pour les muséologues de couleur. Non seulement fonder la MPOC nous a aidées à dénoncer la présence du racisme systémique dans le secteur muséal et dans notre programme, cette initiative nous a permis de nous sentir davantage vues et entendues qu’avant de créer la MPOC. Nous souhaitons que les futur·e·s étudiant·e·s jouissent du même niveau de soutien et de visibilité lors de leurs études en MMSt. Qui mieux est, ces futur·e·s diplômé·e·s sauront qu’une communauté les accueilleront pour les aider à surmonter les écueils de ce domaine à titre de muséologue sous représenté·e.
Dominica : Notre deuxième objectif vise à nous établir en qualité d’organisation indépendante en marge de l’Université de Toronto. Nous nous passionnons pour notre travail auprès de la MPOC et nous demeurons déterminées à y consacrer du temps après avoir décrocher notre diplôme l’année prochaine. Nous voulons élargir le groupe à l’échelle nationale et, par l’entremise de la prestation de programmes, d’événements et autres campagnes, nous espérons tisser un large réseau de soutien aux muséologues de couleur partout au Canada. Il nous reste encore beaucoup d’aspects à étudier, mais nous nous inspirons énormément du Museum Hue et du Museum Detox, de même que d’autres organisations comme les associations d’archives et de bibliothèques qui disposent de sections auprès d’établissements scolaires. Nous aspirons aussi à établir des sections de la MPOC parmi les différents programmes d’études muséales d’un bout à l’autre du pays.
Qu’envisagez-vous pour votre carrière à titre de muséologues?
Dominica : Idéalement, tout le monde appliquerait le concept de DEIA dans l’ensemble des musées et des aspects de ceux-ci. Peu importe nos futures tâches, qu’il s’agisse la gestion des collections ou de la recherche pour les visiteu·r·euse·s, notre travail s’articulera toujours autour de la DEIA. Dans le secteur muséal, j’aime travailler avec les personnes du public, surtout en ce qui la programmation d’immersion et multisensorielle. En ce moment, ceci se déroule dans le cadre de l’histoire de la cuisine, mais j’espère mettre en oeuvre des expériences multisensorielle afin de rendre les musées plus sympathiques, inclusifs et accessibles.
Megan : J’aime également le travail de première ligne dans les musées et je me vois travailler en éducation et dans la programmation destinée au public. Ce sont les aspects qui suscitent habituellement le plus l’intérêt du public, et donc très valorisants. Il s’agit aussi d’un milieu où plusieurs PANDC employées dans les musées travaillent. Malheureusement, la pandémie de COVID-19 a démontré que ces postes figurent parmi les moins indispensables. Voilà pourquoi le concept de DEIA s’avère essentiel dans toutes les facettes du secteur muséal. Les musées sont gérés de manière inéquitable et la situation des PANDC demeure précaire. Il importe que davantage de PANDC occupent des postes de direction pour ressentir un véritable vent changement.
Denise : Bien que j’adore la programmation destinée au public, j’aimerais m’occuper de la planification de l’interprétation et m’impliquer davantage dans le processus d’élaboration des expositions. En fait, les planificat·eur·trice·s de l’interprétation organisent l’information que les conservateur·trice·s leur fournissent de manière à créer un synopsis et trouver le bon angle pour présenter l’information au public. Lors de l’élaboration d’une exposition, les planificat·eur·trice·s de l’interprétation se posent des questions du genre : L’histoire de quelle personne présentons-nous? L’histoire de quelle personne excluons-nous? Qui racontera ces histoires? Est-ce que l’information, le texte et la stratégie sont accessible à tou·te·s? Au bout du compte, le concept de DEIA fait partie intégrante de cet aspect muséal.
Chloé : Comme Denise, je m’intéresse à la planification de l’interprétation au sein des musées. J’apprécie la gestion des collections, mais je me vois vraiment planifier l’interprétation des expositions et toucher à la manière dont les visiteu·r·euse·s s’imprègnent de l’information présentée. Pour citer Denise, la nation de DEIA se retrouve au cœur de la planification de l’interprétation et devrait se retrouver au cœur de toute entreprise muséale. Je me passionne aussi pour l’histoire orale et je crois qu’il s’agit d’une méthode sous-utilisée dans les musées. Les valeurs intrinsèques à l’histoire orale (un genre de pouvoir de communication) peuvent grandement aider les musées à nouer des liens forts avec les membres de la communauté et faire des musées des endroits où les gens constatent que leur histoire est valorisée et transmise pour la postérité. En tant que femme blanche, il m’incombe de toujours appliquer des principes anti-racistes dans tout ce que je réalise.
Rencontre Violeta, membre Canoo. Elle a décidé de déménager au Canada pour « la beauté de la nature, les montagnes et les lacs ainsi qu’en raison de l’économie robuste et des perspectives commerciales. »
Parmi ses coups de cœur au Canada, Violeta dit adorer « les gens, la diversité, la convivialité et… la poutine! » Son endroit préféré au Canada est le parc national du Canada Banff en Alberta.
De plus, Violeta révèle que sa visite du Centre des sciences de Montréal avec sa famille constitue sa préférée de celles qu’elle a effectuées à l’aide de son application Canoo. D’ailleurs, elle précise à ce sujet : «Tous les membres de ma famille aiment réaliser des expériences simples de même que participer à des activités concrètes et le centre en regorge ». « Nous avons visité des expositions extraordinaires qui ont diverti les petits et les grands. Nous nous ne étions pas rendu compte que presque trois heures s’étaient écoulées depuis notre arrivée. Malgré tout ce que nous avons vu, nous regrettions de partir puisqu’il nous restait tant de choses à découvrir. Bref, il s’agit un musée génial! »
Aux yeux de Violeta, la citoyenneté active signifie d’« apporter sa contribution à la société en manifestant de la gentillesse et du respect, en protégeant l’environnement, en aidant autrui et en exerçant une influence positive chaque fois que l’occasion de présente. » Elle croit que les espaces culturels nous aident à construire des sociétés qui favorisent la diversité et l’inclusion : « Les lieux culturels nous présentent une vision différente des choses. Ils nous offrent la chance de découvrir la perception d’autrui du monde. Il s’agit d’un moyen de se souvenir du passé et d’en tirer des leçons. »
Violeta affirme : « Mon expérience de Canoo s’avère très positive. J’ai eu la chance de visiter de nombreux endroits (dont certains m’auraient été inaccessibles sans la carte Canoo) qui me permettent d’élargir mes horizons. »
La COVID-19 a entraîné l’imposition d’amendes pour les infractions aux mesures de distanciation physique de distanciation partout au pays. En mai 2020, les amendes sanctionnant les manquements liés au coronavirus totalisent plus de 5,8 millions de dollars. Certaines amendes, comme celles infligées en Saskatchewan, atteignent jusqu’à 2 000 $, tandis que d’autres provinces, en l’occurrence Terre-Neuve-et-Labrodor, certaines transgressions peuvent être assorties d’une peine d’emprisonnement.
Pour ces motifs, les personnes défendant la cause des communautés marginalisées ont tiré la sonnette d’alarme dès le début en insistant que l’application des mesures de distanciation physique pourrait nuire aux groupes marginalisés, y compris les groupes économiquement faibles, les sans-abri qui ne sont pas en mesure de payer les amendes, les nouveaux Canadiens aux prises avec des barrières linguistiques ainsi que les membres des communautés noires qui sont disproportionnellement touchés par la brutalité policière.
À Ottawa, un réfugié syrien de 21 ans aux connaissances linguistiques limitées en anglais a écopé d’une amende de 880 $ pour avoir laissé un membre cadet de sa fratrie grimper sur une installation dans un terrain de jeux tout en respectant les règles de distanciation physique. À Hamilton, un sans-abri s’est vu frappé d’une amende du même montant parce qu’il était assis près d’un groupe de personnes à l’extérieur d’un centre de santé.
D’ailleurs, les preuves laissent supposer une inéquitabilité quant à l’imposition des amendes. À la fin du mois de mai, des milliers de personnes, dont la plupart semblait être de race blanche, se sont réunies au Trinity Bellwoods Park à Toronto. Bien que ces milliers de personnes se rendant au parc se trouvaient très les unes des autres, le service de police de Toronto n’a remis que quatre amendes au cours de la journée.
Les disparités au regard de la répartition des amendes liées à la distanciation physique sont plus grandes aux États-Unis où les données fondées sur la race au chapitre des services de police sont criantes. À New York, les gens de race noire environ 80 % des amendes ont été remises à des New Yorkais de race noire ou latinophones. Selon une étude de ProPublica menée dans trois cours de districts en Ohio, les résidents de race noire étaient « au moins quatre fois plus susceptibles d’être accusés d’avoir enfreint la consigne de rester à son domicile que les résidents de race blanche. »
Au Canada, le problème des pratiques d’intervention policière excessive et discriminatoires à l’endroit de la population canadienne de race noire existe depuis fort longtemps. L’exemple récent du recours aux politiques visant à « carter » injustement les personnes noires par les services de police à Toronto illustre ce problème.
Les politiques visant à « carter », qui ont depuis été abolies, conféraient aux policiers le droit d’arrêter et d’interroger tout citoyen de même que de recueillir leurs renseignements personnels. Les Torontois de race noire ont subi de mauvais traitements en raison de ces politiques. Une analyse de 2014 présentée par le Toronto Star a révélé que malgré le fait que les personnes de race noire ne représentent que 8 % de la population de la ville, environ 27 % de tous les incidents où un individu a été carté à Toronto après juillet 2013 visait des gens de race noire.
D’ailleurs, exiger les preuves d’identité d’une personne ne constitue qu’un des nombreux moyens dont les corps policiers se servent pour cibler les Canadiens de race noire. Un rapport de 2018 de la Commission ontarienne des droits de la personne a établi qu’« Entre 2013 et 2017, les personnes noires étaient près de 20 fois plus susceptibles que les personnes blanches d’être abattues lors d’une fusillade par des agents du service de police de Toronto. » Le rapport montre également « une surreprésentation des personnes noires dans les cas de recours à la force ayant causé des blessures graves ou la mort (28,8 %), des fusillades (36 %), des cas d’interaction mortelle (61,5 %) et des cas de fusillade mortelle (70 %). »
L’application des mesures de distanciation physique imposée par le gouvernement de l’Ontario permet aux membres des forces policières d’arrêter toute personne qui, d’après leur jugement, enfreint les mesures d’urgence liées à la COVID-19, ce que l’Association canadienne des libertés civiles compare aux pratiques visant à carter. « Il s’agit, dans le meilleur des mondes, de mesures imprudentes et dangereuses. Au bas mot, ces mesures peuvent être perçues comme la réapparition des politiques visant à carter la population afin d’enrichir une base de données avec les renseignements personnels des habitant·e·s de cette ville, en particulier les personnes issues des minorités visibles, les Autochtones, les sans-abri, les personnes atteintes de troubles mentaux ou marginalisées » a écrit la directrice du programme de l’égalité de l’organisme, Noa Mendelsohn Aviv.
Quoique les communautés noires font l’objet de zèle de la part des corps policiers, leurs membres manquent cruellement de ressources et gagnent un faible revenu, alors que plusieurs d’entre eux occupent des emplois peu rémunérés (fournissant en grande partie des services dits maintenant « essentiels ».). Étant donné qu’ils sortir de chez peux, ils augmentent leurs chances de croiser les services policiers.
Toute interaction avec les corps policiers peut s’avérer risquée, mais la pandémie accroît ce risque, car elle met les individus en contact étroit avec des agent·e·s ayant possiblement contracté la maladie. Les services de police de Toronto et de partout au Canada ont recensé des agent·e·s ayant été déclarés positifs à la COVID-19. À New York, on a répertorié 1 400 cas parmi le personnel du NYPD.
Non seulement de telles mesures sont dangereuses et racistes, les criminologues doutent de l’efficacité des amendes concernant l’application des mesures de distanciation physique, affirmant que celles-ci sont trop fondées sur la délation plutôt que la modification des habitudes des gens. En tout état de cause, les experts conviennent que des tests à grande échelle et la recherche des contacts constituent la meilleure solution pour freiner la propagation de la COVID-19, et non le ciblage inéquitable des groupes marginalisés.
Depuis le début de la pandémie de la COVID-19, un grand nombre de personnes passent moins de temps à socialiser et beaucoup plus de temps les yeux rivés sur leurs appareils numériques à la maison. Le fait de vérifier de façon obsessive les dernières nouvelles relatives au coronavirus a même été qualifié de « doomscrolling » (défilement pessimiste).
Mais en consommant plus d’information, les gens ne sont pas nécessairement plus au fait de ce qui se passe. Un rapport publié en 2019 dans le cadre du Digital Democracy Project, qui étudie la désinformation liée à la couverture électorale au Canada, a révélé que la consommation de grandes quantités de nouvelles par l’entremise des médias sociaux ou des sources de renseignements traditionnelles est également associée à des degrés plus élevés de désinformation. Pour être aussi efficaces et exacts que possible, les médias doivent également être de grande qualité et s’appuyer sur de solides reportages qui comprennent des points de vue représentant toute la gamme des expériences canadiennes.
Nous avons déjà discuté de l’importance de la vérification des faits et de la nécessité de prévenir les stéréotypes nuisibles lorsqu’on consomme des nouvelles. Cependant, comment les structures des médias peuvent-elles changer pour s’assurer que les reportages sont aussi exacts que possible?
Une solution consiste à commencer à s’attaquer efficacement à la question de la diversité dans les médias canadiens. En ce qui concerne la COVID-19, la diversité dans la façon dont les histoires sont recueillies et rapportées aide à s’assurer que toutes les communautés sont représentées et servies par les autorités sanitaires. Or, les médias canadiens ont encore beaucoup de chemin à faire.
À l’heure actuelle, il existe très peu de mesures récentes pour évaluer la diversité dans les médias canadiens, et de nombreux organismes de presse n’ont pas voulu communiquer leurs propres données. En 2016, Canadaland a communiqué avec 18 journaux partout au pays pour leur demander de participer à un sondage sur la diversité. Seulement trois organismes de presse ont accepté d’y participer.
Le peu d’information dont nous disposons montre que les médias canadiens sont majoritairement blancs. Une étude réalisée en 2019 par l’Université Ryerson a révélé qu’au Canada, les chroniqueurs de race blanche étaient surreprésenté·e·s dans les médias par rapport à la population du pays, et que l’écart s’était creusé au fil du temps. Une autre étude effectuée en 2004 auprès de 37 quotidiens canadiens a révélé que « les minorités raciales sont plus de cinq fois sous-représentées dans les salles de nouvelles tous les jours », et ce, dans toutes les sections.
Lutter contre la désinformation, c’est aussi permettre à des voix diverses de raconter leur histoire dans leurs propres mots. La cinéaste torontoise Sherien Barsoum est membre fondatrice du Racial Equity Media Collective (REMC), groupe chargé de défendre les créateurs de contenu médiatique des peuples noirs, autochtones et de couleur. Le REMC travaille surtout dans les secteurs du cinéma, du documentaire et de la télévision, où les personnes noires, autochtones et de couleur peuvent se heurter à des obstacles lorsqu’elles tentent de percer dans l’industrie. « Les salles de nouvelles, les salles de conférence et les bureaux de direction ne sont malheureusement pas remplis de voix diverses. Ils sont extrêmement homogènes. Et, vous savez, je pense que cela signifie que nous entendons souvent des histoires qui sont répétées et racontées à partir de quelques points de vue seulement », dit Mme Barsoum.
La diversité doit s’étendre au-delà des journalistes qui racontent les histoires, et inclure également les experts, les chercheurs et les membres de la communauté interviewés. En ce qui concerne la COVID-19, le fait de s’inspirer de diverses sources pour les reportages donnera une idée plus précise de ce qui se passe sur le terrain.
Au début de la pandémie, avant que les centres pour le contrôle et la prévention des maladies ne fassent le suivi des disparités raciales dans les taux d’infection à la COVID-19, les médecins noirs se sont inquiétés du fait que les communautés de couleur ne recevaient pas assez de tests ou les traitements nécessaires. Leurs inquiétudes se sont avérées exactes. Les données montrent maintenant que les personnes noires et hispaniques aux États-Unis sont touchées de façon disproportionnée par la COVID-19.
Les écrivain·e·s noir·e·s étaient également à l’avant-garde de ces questions. L’écrivain de Citylab, Brentin Mock, a décrit la longue histoire de croyances racistes à l’origine du mythe selon lequel les Afro-Américains étaient en quelque sorte immunisés contre la COVID-19. En avril dernier, Ibram X. Kendi, auteur ainsi que directeur du Antiracist Research & Policy Center, a écrit dans The Atlantic que plus de données démographiques sur les infections et les décès liés à la COVID-19 s’avéraient nécessaires afin de comprendre la « pandémie raciale au sein de la pandémie virale ».
Plus les salles de nouvelles sont diversifiées, moins les points de vue comme ceux-là risquent de passer entre les mailles du filet. La Canadian Association of Black Journalists et la Canadian Journalists of Colour ont recommandé d’accroître « la représentation et la couverture des communautés ethniques en embauchant plus de rédacteur·trice·s en chef et de journalistes de couleur » dans une récente liste d’appels à l’action pour accroître la diversité dans les salles de presse canadiennes. « Une équipe d’information plus diversifiée se traduit par une couverture plus diversifiée », ont déclaré les organismes.
Nous entrevoyons toutefois des signes de changement. Le virage des médias vers le numérique a, d’une certaine façon, permis à une plus grande pluralité de voix de se faire entendre grâce à une variété de méthodes, comme la possibilité pour les écrivains d’accroître leur auditoire par l’entremise de Twitter ou l’utilisation de ressources en ligne pour saisir de nouvelles occasions. Les récentes manifestations dans le monde entier entourant la violence policière à caractère raciste ont également eu un effet, forçant les publications de presse à entamer des conversations difficiles au sujet de la diversité de leur personnel et de la façon dont ils tiennent compte de la race dans leurs reportages.
« En fait, je suis vraiment optimiste », déclare Mme Barsoum, citant des progrès prometteurs dans l’opinion des médias sur la façon dont la diversité peut ajouter à leur programmation. « Ce n’est pas seulement essentiel pour que les choses s’améliorent en ce qui concerne les gens de couleur. Nous en profitons tous. C’est une expérience plus humaine du monde. »
Le 17 mars, l’Organisation internationale pour les migrations et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a annoncé qu’en raison de la pandémie de la COVID-19, tous les déplacements liés à la réinstallation des réfugiés seraient suspendus, notamment pour les réfugiés parrainés par le gouvernement et ceux parrainés par le secteur privé du Canada.
La suspension de la réinstallation, ainsi que les directives de rester chez soi et les fermetures des frontières ont d’importantes conséquences pour les réfugiés qui, par définition, ont été contraints de quitter leur pays d’origine pour trouver la sécurité. Pour de nombreux réfugiés qui vivent depuis des années dans des camps ou dans des centres urbains, la réinstallation est un outil indispensable qui permet aux familles et aux personnes de retrouver une certaine stabilité dans leur nouveau pays. Le Canada, un chef de file mondial dans le domaine de la réinstallation, avait l’intention d’accueillir plus de 30 000 réfugiés en 2020. Toutefois, depuis le début de l’année, ce sont moins de 10 000 réfugiés qui ont été réinstallés dans le monde.
Bien que certains médias de droite laissent entendre que les réfugiés constituent un fardeau économique trop important, les recherches indiquent que les pays ont tendance à bénéficier de retombées économiques une fois que les réfugiés sont réinstallés. Par ailleurs, le Canada pourrait ne pas respecter ses obligations internationales si le pays refoule les demandeurs d’asile qui arrivent à la frontière en quête de sécurité.
Les premières politiques mises en œuvre pour endiguer la pandémie interdisaient l’entrée à tous les demandeurs d’asile qui tentaient de venir au Canada, mais une politique plus récente prévoit certaines exceptions : certains demandeurs d’asile peuvent entrer au Canada à partir des États-Unis en passant par les postes frontaliers officiels et à condition d’être mis en quarantaine pendant 14 jours dans les chambres d’hôtel réservées par l’Agence des services frontaliers du Canada. Cette exemption s’applique seulement dans certains cas, par exemple lorsque les demandeurs ont de la famille proche au Canada ou s’ils font face à la peine de mort dans leur pays d’origine.
Avant le début de la pandémie, les demandeurs d’asile pouvaient également entrer au Canada en empruntant des passages non autorisés, comme celui du chemin Roxham entre le Québec et l’état de New York et présenter une demande d’asile une fois au Canada. Maintenant, les réfugiés qui empruntent ces passages non autorisés sont refoulés aux États-Unis où ils risquent d’être renvoyés dans leur pays d’origine.
Le Conseil canadien pour les réfugiés a jugé cette nouvelle interdiction à la fois « dommageable et inutile ». Pour sa part, Amnesty International a déclaré que cette mesure allait à l’encontre des droits des réfugiés demandant l’asile et a rappelé les obligations du Canada en vertu de la Convention des Nations Unies de 1951 relative au statut des réfugiés. Certains défenseurs des droits ont même soutenu que le gouvernement canadien pouvait s’exposer à des poursuites juridiques pour ne pas avoir respecté le principe de « non-refoulement », selon lequel les réfugiés ne peuvent pas être renvoyés dans un pays où ils feront face à la persécution ou à la torture.
Le révérend Scott Jones, directeur général de la Micah House, un centre d’accueil pour réfugiés à Hamilton en Ontario, affirme avoir remarqué une réduction notable du nombre de demandes reçues par son organisme, ce nombre passant de quelque 60 à 70 demandes pendant un mois normal à moins de 10 demandes depuis que la pandémie a commencé. La Micah House accueille des réfugiés et des demandeurs d’asile pour de courts séjours et les aide à se réinstaller, en plus d’avoir accès aux autres services.
Même les services pour les réfugiés et les demandeurs d’asile qui sont déjà au Canada ont été restreints. Le gouvernement canadien a demandé aux fournisseurs de services de réinstallation de « se concentrer sur les services d’établissement et de réinstallation essentiels » seulement. Par ailleurs, les rendez-vous en personne auprès de la Commission de l’Immigration et du statut de réfugié du Canada, commission d’examen qui évalue les demandes de résidence permanente de certains réfugiés, ont été temporairement suspendus.
Pour l’instant, les clients de la Micah House sont dans l’impasse, alors que de nombreux services de réinstallation, comme le début de la scolarité et l’accès au logement, ne sont pas disponibles. Jusqu’ici du moins, ils ont réussi à rester en bonne santé. Alors que la COVID-19 a atteint plus de 600 personnes à Hamilton, la Micah House a réussi à éviter tout cas positif dans son établissement. Les réfugiés d’autres centres n’ont pas eu cette chance.
Le Centre Willowdale Bienvenue de Toronto est l’établissement qui a connu la plus importante éclosion de COVID-19 dans le système de refuges de la ville, qui compte 72 autres établissements. Selon le rapport du Toronto Star, plus d’une douzaine de membres du personnel et 185 clients de Willowdale ont été testés positifs à la COVID-19. Jusqu’à présent, aucun décès lié au coronavirus n’a été signalé.
En plus des effets de la COVID-19 sur la santé, les réfugiés du Canada doivent composer avec les effets psychologiques de l’isolement. Dans un nouveau pays, parfois sans même parler le français ou l’anglais, loin de leurs réseaux de soutien et souvent après avoir vécu un traumatisme important, les réfugiés sont déjà dans une situation vulnérable. Ajoutez à cela les mesures de confinement et l’isolement dans un milieu qu’ils ne connaissent pas bien, les effets peuvent être plus graves encore.
« Je sais qu’au moins plusieurs de nos clients souffrent assez considérablement de cette situation. Ils sont déjà confrontés aux barrières linguistiques et culturelles et ils ne peuvent pas communiquer avec leur famille » mentionne M. Jones. « Pour eux, c’est un problème de plus ».
Le Canada a non seulement la responsabilité juridique et morale d’aider ces groupes de personnes, mais il devrait également en tirer le bénéfice. Contrairement à certains discours de droite qui considèrent les réfugiés comme un fardeau économique, les recherches démontrent que les nouveaux arrivants représentent en fait un avantage net positif sur le plan économique.
Une étude récente qui a suivi des nouveaux arrivants dans 15 pays d’Europe occidentale pendant 30 ans a révélé que l’intensification de l’immigration « augmentait de façon significative le PIB par habitant, réduisait le chômage et améliorait l’équilibre des finances publiques » et que « les dépenses publiques supplémentaires, généralement considérées comme le « fardeau des réfugiés » étaient largement compensées par l’augmentation des recettes fiscales ».
Jones explique que « les nouveaux arrivants au Canada sont plus susceptibles de travailler dans les services essentiels, en particulier pendant les premières années qui suivent leur arrivée au pays, ce qui les expose davantage aux risques liés à la COVID-19. « Ils travaillent dans les abattoirs, dans les champs, dans les serres, ils sont chauffeurs de taxi ou occupent d’autres postes similaires. Il s’agit d’un groupe de personnes encore plus susceptibles d’être marginalisées », précise-t-il.
À mesure que la pandémie progresse, le Canada a l’occasion de consacrer davantage de ressources à ce groupe défavorisé et de respecter ses obligations internationales. D’ici là, la situation des réfugiés à l’échelle mondiale demeure incertaine : l’ONU a déclaré qu’elle lèvera les restrictions de déplacements liés à la réinstallation, « dès que la situation et les moyens logistiques le permettront ». Pour l’heure, aucun plan n’a encore été annoncé.
La main-d’œuvre en santé du Canada a été frappée de plein fouet par la pandémie : plus de 3 600 travailleurs de la santé ont été testés positifs jusqu’à maintenant. Très tôt, l’on savait que la COVID-19 exercerait une forte pression sur le système de santé, ce qui a forcé les décideur·euse·s à envisager de nouvelles mesures pour accroître leurs effectifs médicaux. L’une de ces mesures a été l’introduction d’un certificat permettant aux médecins formés à l’étranger, mais ne possédant pas de permis d’exercer au Canada, de pouvoir pratiquer temporairement en Ontario sous certaines conditions strictes.
Cette nouvelle politique autorisant d’exercer de façon temporaire sur obtention du permis temporaire de pratique permet à l’Ontario de piger dans le bassin de diplômés internationaux·ales en médecine (DIM), qui, dans bien des cas, ne sont actuellement pas autorisé·e·s à travailler dans leur domaine. (Les DIM comprennent également les citoyens canadiens qui ont étudié à l’étranger.) Une mesure semblable prise en Colombie-Britannique permet aux médecins formés à l’étranger de pratiquer pendant la pandémie.
Or, ces nouvelles mesures mettent en lumière les difficultés auxquelles font face depuis belle lurette les médecins formés à l’étranger lorsqu’il·elle·s tentent d’obtenir leur permis en règle pour exercer au Canada. En Ontario seulement, on compte 13 000 médecins formés à l’étranger qui sont actuellement incapables de travailler dans leur domaine, selon les statistiques de ProfessionsSantéOntario. Ces nouvelles mesures visent à utiliser le potentiel inexploité de ces DIM, mais elles soulèvent également la question : pourquoi le Canada n’avait-il pas déjà embauché cette main-d’œuvre?
Pour qu’un·e DIM obtienne sont plein droit de pratique en Ontario, il ou elle doit avoir obtenu son diplôme d’études en médecine dans l’une des universités reconnues dans le World Directory of Medical Schools, passer une série d’examens écrits et pratiques, puis faire sa résidence complète. Les diplômés canadiens aussi doivent passer par un processus semblable, mais il s’avère que les DIM se butent parfois à de plus nombreux obstacles sur leur chemin.
L’un des principaux obstacles que rencontrent les DIM se dresse lors de la phase de résidence. Les provinces réservent un nombre limité de places de résidence pour les DIM – bien moindre que le nombre de demandes – ce qui crée un engorgement de postulant·e·s qualifié·e·s et rend difficile le passage à l’étape suivante dans le processus de qualification au permis de pratique.
« Je comprends que le système de santé investisse dans nos diplômés canadiens », indique Deidre Lake, directrice générale de l’Alberta International Medical Graduates Association (AIMGA). « Mais ces DIM arrivent au pays avec une formation et une expérience que nous n’avons même pas payée et en ce sens, c’est vraiment une économie… Malgré tout, nous leur réservons un nombre limité seulement de places ».
« Je crois qu’il faut maintenant nous poser la question : Les places de résidence ne devraient-elles pas revenir aux personnes qui apporteront la plus grande contribution et les DIM ne devraient-ils pas avoir une chance équitable de faire une demande de résidence, au même titre qu’un diplômé canadien? »
Même après la pandémie, le Canada pourrait régler le problème de manque de médecins en exploitant cette réserve de diplômé·e·s internationaux·ales en médecine, qui n’attendent que de pouvoir aller sur le terrain. Le Canada figure actuellement au 25e rang parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour le ratio de médecins dans la population, soit 2,8 médecins pour 1000 habitants. L’Autriche, qui arrive au premier rang, détient presque le double, soit 5,2 médecins pour 1 000 habitants.
Le Canada a également des temps d’attente plus longs pour les rendez-vous avec un spécialiste et à l’urgence comparativement aux autres pays industrialisés, et accuse une pénurie de médecins de famille dans certaines provinces, ce qui pourrait s’expliquer par le manque de médecins, selon un rapport de 2018 de l’Institut Fraser.
La tendance actuelle indique que nous verrons « une faible augmentation du ratio médecin-population » seulement, entre maintenant et 2030. Or, si l’on tient compte du taux actuel d’intégration des DIM dans le système de santé, « le ratio n’augmentera que de 2,74 par millier d’habitants en 2015 à 2,97 en 2030 », une faible augmentation, indique le rapport.
En plus des problèmes relatifs aux politiques, il semble exister des préjugés défavorables envers les DIM, ce qui pourrait aussi constituer un obstacle à celles et ceux qui souhaitent pratiquer au Canada. Une étude publiée dans le journal médical Le médecin de famille canadien révèle que même si les DIM immigrants avaient en général plus d’années de formation et d’expérience clinique, « une proportion relativement plus élevée de DIM canadiens » réussissaient à obtenir une place pour leur résidence.
Qui plus est, le nombre limité de DIM immigrant·e·s qui finissent par être acceptés dans les programmes de résidence sont plus susceptibles de vivre de la discrimination sur la base de leur origine que leurs pairs canadiens. Une étude de 2011 sur les comportements discriminatoires subis par les résidents en médecine de famille en Alberta a révélé qu’« une proportion considérablement plus grande de DIM immigrants ont perçu que leur origine ethnique, leur culture ou leur langue » était la cause de la discrimination qu’ils et elles vivaient, la plupart du temps sous forme de « commentaires verbaux inappropriés ».
Tout semble donc indiquer que les DIM rencontrent des embûches en raison de leur origine ou du pays où elles et ils ont étudié. Or, il appert qu’une diversité d’expérience dans le système de santé aurait de nombreux effets positifs. De fait, des DIM ont su exploiter leurs compétences interculturelles et multilingues pendant la pandémie de COVID-19, y compris parmi celles et ceux qui n’ont pas obtenu leur permis temporaire. L’AIMGA a rassemblé des vidéos, de la documentation écrite et des séances d’information virtuelles sur la COVID-19, traduites dans plusieurs langues par un groupe diversifié de plus de 1000 membres provenant de plus de 80 pays.
L’Association a aussi aidé les services de santé de l’Alberta en rassemblant 500 travailleur·euse·s d’une usine d’emballage de viande aux prises avec une éclosion de COVID-19 pour leur transmettre plus d’information concernant le virus. Du personnel, 60 % étaient des travailleur·euse·s des Philippines; ces personnes ont reçu l’information grâce à 4 membres philippin·e·s de l’AIMGA, qui ont pu leur expliquer dans leur langue maternelle les risques et les symptômes associés à la COVID-19.
« Les bénévoles se sont porté·e·s volontaires pour cette tâche, parce que la médecine et le désir d’aider les autres sont leur passion, explique Deidre Lake, particulièrement en temps de crise sanitaire. C’est difficile à ignorer ». « C’est vraiment préjudiciable pour les personnes, la communauté et la société lorsque l’on a des gens hautement qualifiés qui ne peuvent mettre à profit leurs compétences et leurs connaissances », déplore-t-elle.
Maintenant, est-il juste de demander aux DIM de se mettre en danger pendant une pandémie sans leur permettre de pratiquer à long terme? En Ontario, 76 médecins ont contracté la COVID-19 jusqu’à maintenant et le système de santé de la province continue de composer avec des centaines de nouveaux cas par jour; la pression sur les médecins de l’Ontario devrait donc s’accentuer encore.
Entre-temps, un nombre important de DIM – dont certains sont spécialisés ou ont une expérience de terrain pertinente en contexte pandémique, par exemple en ventilation ou en maladies infectieuses – languissent, sans emploi ou sous-employés.
« Nous avons des membres qui travaillent comme chauffeurs pour Uber, qui travaillent comme préposés aux bénéficiaires ou comme agents de sécurité… Ce n’est certainement pas ce que ces gens avaient en tête lorsqu’elles et ils ont choisi d’immigrer au Canada », s’attriste Mme Lake. « Ça brise vraiment le cœur de voir notre pays laisser de côté toutes ces compétences et cette expérience ».
Joy Abasta, membre de Canoo, est devenue citoyenne canadienne en février 2020. Elle dit avoir choisi le Canada en raison de la diversité du pays, de son désir d’inclusion et de son grand respect pour les droits et libertés des personnes.
Comme nouvelle citoyenne, Joy cherche activement à en apprendre toujours plus sur les peuples autochtones du Canada et elle sait que c’est à la fois un privilège et une responsabilité d’apprendre sur le peuple salish de la Côte et de vivre sur son territoire. Elle croit également que si les immigrant·e·s et les nouveaux·elles citoyen·ne·s ont beaucoup à donner à la société canadienne, il est tout aussi important de travailler de concert vers la décolonisation et la réconciliation avec les peuples autochtones, afin de devenir un pays véritablement inclusif et progressiste. Comme dirigeante en santé publique, elle milite en faveur et contribue à bâtir des communautés compétentes sur le plan culturel et sensibles à l’égalité des sexes en Colombie-Britannique et, elle l’espère, partout ailleurs au Canada.
L’endroit préféré de Joy au Canada est Whitehorse, au Yukon. « Une semaine après mon serment de citoyenneté en février 2020, mon partenaire, Wesley, et moi avons pris un vol pour Whitehorse, au Yukon », explique-t-elle. « Là-bas, nous avons chassé les aurores boréales, rencontré un Ranger canadien et expérimenté le traîneau à chiens et la motoneige. J’ai découvert le trappage et j’ai eu l’occasion de toucher et de porter des vêtements faits de fourrure véritable de renard arctique, de vison et de loup. Le plus inoubliable a été lorsque nous avons visité le Centre d’interprétation de la Béringie, où nous en avons appris davantage sur les peuples autochtones et les théories de la migration de population par le pont de glace du détroit de Bering, en plus d’admirer les restes d’un mammouth laineux, de paresseux et de tigres à dents de sabre ».
Lorsque les restrictions de déplacement dues à la pandémie seront levées, Joy prévoit de visiter d’autres provinces et d’utiliser son statut de membre de Canoo pour visiter des musées et des galeries d’art. Elle espère découvrir les beautés et trésors cachés de Winnipeg, de Toronto et des Maritimes.
Joy est d’avis que les lieux culturels et d’art public jouent un rôle crucial pour la sensibilisation et l’inclusion : « Ces lieux culturels servent de canal pour transmettre des connaissances sur l’histoire du pays, ses traditions, ses éléments culturels et même son passé plus sombre. L’inclusion sociale ne sera possible que si l’on apprend de l’histoire et que nous accueillons vraiment chacun et chacune, sans égard à la couleur de sa peau, à son ethnie, à son sexe ou à sa classe sociale ».
Au cours des 20 années qui se sont écoulées depuis que Vincent Lam est devenu médecin, il a connu deux grandes épidémies virales : d’abord le SRAS, qui a frappé Toronto en 2003 ; et maintenant la pandémie COVID-19, qui a laissé la ville dans un état de fermeture totale depuis la mi-mars.
Lam est le co-auteur du livre The Flu Pandemic and You, et le directeur médical de la Coderix Medical Clinic, un centre de soins pour toxicomanes à Toronto. Il est également un auteur de fiction accompli – son livre Bloodletting and Miraculous Cures a remporté le prix Scotiabank Giller 2006.
Nous avons discuté avec lui de ce que c’est que de travailler en première ligne, de la manière de gérer la peur et l’anxiété qui entourent les pandémies, et des façons subtiles dont le racisme fonctionne et prospère en temps de crise.
Sejla Rizvic : Je voulais vous parler de votre expérience antérieure en tant que médecin des urgences pendant l’épidémie de SRAS et maintenant en tant que directeur médical pendant la pandémie COVID-19. Comment ces deux expériences se comparent-elles?
Vincent Lam: C’est intéressant parce qu’en fait, en tant que médecin, ce n’est pas si différent. Beaucoup de choses que nous faisions comme mesures de précaution sont en fait les mêmes que celles que nous faisons maintenant. Donc, en termes de dépistage, en termes d’utilisation d’équipements de protection individuelle, c’est exactement la même chose. Je pense que la plus grande différence est simplement que la situation de COVID-19 a eu plus d’impact. Il y a eu davantage de cas dans le système de soins de santé lui-même, et dans la communauté en général, les choses ont été sérieusement affectées.
Pendant le SRAS, je me souviens d’avoir eu l’impression que nous étions dans un monde un peu parallèle, en ce sens qu’en matière de soins de santé, nous prenions soin de personnes potentiellement malades et nous prenions toutes ces précautions et tout était vraiment différent. Mais dans la ville elle-même, tout était à peu près comme avant. Je veux dire, il y a eu des reportages, mais il n’y a pas eu les mêmes types d’interventions de santé publique à grande échelle. Le travail était vraiment le même, mais la grande différence était juste le sentiment que nous étions dans notre propre petite bulle à faire tous ces trucs. Et maintenant, nous sommes tous touchés.
Je voudrais discuter de votre livre ” The Flu Pandemic and You ” et de certains des points de vue que vous offrez sur l’anxiété qui tend à entourer les événements pandémiques. Comment l’anxiété affecte-t-elle notre expérience cette fois-ci?
Les principes dont mon co-auteur, Colin Lee, et moi-même discutons dans ce livre sont presque entièrement parallèles entre une pandémie de grippe et la nouvelle pandémie de coronavirus. Je pense que ce que nous devons vraiment comprendre en tant que société, c’est que l’anxiété est normale. Et la fonction de l’anxiété, en tant qu’être humain, est d’attirer notre attention et de nous alerter des menaces.
C’est donc en fait un rôle incroyablement utile. Une fois que nous avons compris que c’est le rôle de l’anxiété, alors nous devons penser « Bon, l’anxiété est censée fonctionner comme ce système d’alerte pour que je fasse quelque chose. Que dois-je faire maintenant? » Si les gens sont capables de formuler des actions utiles et de déterminer ce qu’ils peuvent faire pour aider à protéger ceux qui les entourent, pour assurer leur propre sécurité et celle de leur famille, alors c’est vraiment, vraiment utile. Si les gens ont des réactions moins productives à l’anxiété, et bien sûr nous en voyons un peu, alors cela ne va pas aider.
Dans un article du Globe and Mail que vous avez écrit en janvier, vous affirmez que : « Nos esprits ont tendance à surestimer l’importance des risques inédits et à accepter nonchalamment les risques familiers. » Mais que se passe-t-il lorsque le nouveau risque devient le risque familier, et que les gouvernements et les gens commencent à assouplir prématurément les restrictions de confinement?
L’une des choses que nous pouvons faire avec le risque est de l’accepter et de comprendre qu’il existe, sans que ce soit la seule chose à laquelle nous prêtons notre attention. Mais en même temps, nous devons modifier notre comportement.
Je me souviens d’être monté dans des voitures qui n’avaient pas de ceinture de sécurité à l’arrière quand j’étais enfant. Aujourd’hui, nous pensons que c’est vraiment bizarre. Notre réflexe est désormais de boucler notre ceinture de sécurité lorsque nous montons dans une voiture. Il y a une raison à cela : si la voiture va s’écraser, alors nous avons moins de chances d’être blessés ou tués. Mais ce n’est pas comme si, chaque fois que nous montons dans une voiture, nous restions assis pendant dix secondes et imaginions un horrible accident, n’est-ce pas? On monte à bord, on boucle la ceinture de sécurité et on part.
Je pense que c’est vraiment ce que nous devons découvrir si nous nous déconfinons après la pandémie et avant qu’il n’y ait un vaccin. Il s’agit de savoir quels modèles nous pouvons changer ; de trouver ce que nous pouvons faire afin de permettre à la vie de continuer tout en modifiant notre comportement de manière à réduire les risques.
Pour en revenir à la question de l’anxiété, je pense que le danger est que si les gens ont ce genre de réaction agressive, c’est en fait une réaction à l’anxiété. Les gens n’aiment pas se sentir anxieux – cela les fait se sentir vulnérables, ils ont l’impression d’avoir moins de marge de manœuvre, peut-être. Ainsi, pour échapper à cet état émotionnel, certaines personnes chercheront un moyen de se sentir mieux en exprimant leur désaccord. C’est-à-dire : « Vous savez quoi, je n’ai pas à avoir peur de quoi que ce soit. Ne me dites pas ce que je dois faire. » Il y a un sentiment de bien-être, parce que j’ai l’impression de reprendre le contrôle, d’affirmer mon autorité, d’agir de manière puissante en faisant ce que je veux.
C’est une façon compréhensible d’essayer de se débarrasser des sentiments d’anxiété. Sauf que ce n’est pas très aidant. Les gens vont essayer d’atteindre ce sentiment vraiment à court terme de se sentir puissant, de se sentir bien, de se sentir provocateur, et de renoncer à des précautions raisonnables au profit de ce plaisir émotionnel à court terme.
Le nouveau coronavirus a également fait l’objet d’un racisme et d’une discrimination anti-asiatiques répandus. Avez-vous vécu personnellement ce type de discrimination ?
J’ai eu beaucoup de chance, et je pense que le Canada est encore relativement chanceux, dans la mesure où je ne pense pas que nous ayons eu autant de racisme anti-asiatique que beaucoup d’autres endroits dans le monde. Mais nous avons eu quelques incidents malheureux.
Je pense qu’il y a un sentiment de vouloir reprendre une certaine mesure de pouvoir personnel. Si je me sens vulnérable, s’il y a une situation que je n’aime pas, il me semble satisfaisant, d’une certaine manière, de pouvoir pointer du doigt, de pouvoir blâmer quelqu’un même s’il n’y a pas de véritable vérité de fond. Cela donne en quelque sorte ce sentiment de satisfaction. Je pense donc que cela vient de là.
Je ne veux pas trop en dire sur mes patients car, en fin de compte, je suis leur soignant et j’ai un devoir de confidentialité envers ce qu’ils me disent. Mais je peux dire que j’ai entendu des tas de commentaires qui, je pense, viennent bien de l’endroit où règne la peur.
Si une personne est d’origine chinoise et se considère comme faisant partie de la société canadienne – et surtout si elle se trouve en position de respect, en position d’autorité – il est difficile de savoir quoi faire des commentaires qui peuvent avoir une quelconque implication raciste. Vous avez probablement vu toute la débâcle de Derek Sloan en ce qui concerne ses commentaires sur Theresa Tam.
Je pense que l’incident auquel vous faites référence est celui du député conservateur Derek Sloan qui, dans une vidéo publiée sur Facebook et Twitter le mois dernier, a critiqué l’administrateur en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, et s’est demandé si elle travaillait “pour le Canada ou pour la Chine.”
Il est vraiment très difficile de savoir quoi faire en tant que personne d’origine chinoise en réponse à l’un de ces incidents. Je pense que Theresa Tam a parfaitement géré la situation – elle a clairement indiqué que son rôle est celui d’une professionnelle profondément engagée à faire le meilleur travail possible dans un moment difficile, et qu’elle ne va donc pas s’engager dans ce qu’elle a appelé le “bruit”.
Je suis sûr que cela doit être très blessant pour elle, en tant que premier responsable de la santé publique au Canada, de recevoir des commentaires qui peuvent avoir un ton raciste de la part d’un membre élu du Parlement à la Chambre des communes. Je peux imaginer que le dilemme personnel pour elle pourrait être – et je spécule parce que je n’en suis pas sûr – qu’elle pense que la meilleure façon de vraiment montrer sa solidarité (et non qu’elle devrait le faire) et de démontrer la valeur qu’elle a en tant que membre de la société canadienne est simplement de faire le meilleur travail possible et de ne pas se laisser entraîner et distraire par ces commentaires vraiment peu recommandables.
Je ressens vraiment la même chose. J’entends des commentaires qui sont peut-être teintés de quelque chose, mais j’ai le sentiment que je suis ici en tant que professionnel et que ce que je dois faire est ce que je fais le mieux. Et dans un contexte plus large, cela devrait en soi démontrer qui je suis et ce que je représente. Mais cela ne veut pas dire que ces commentaires ne sont pas blessants. Mais cela ne veut pas dire que ces commentaires sont acceptable.
Il est juste assez difficile, lorsqu’on est dans une capacité professionnelle, de toujours répondre à ces commentaires d’une manière qui est à la fois efficace en tant que professionnel et qui les adressera sans détour. Il arrive donc que l’on décide simplement de privilégier le professionnalisme et de renoncer à toute forme de confrontation directe. En fin de compte, je ne sais pas vraiment si c’est la meilleure réponse en termes de lutte contre le racisme, mais je pense que c’est souvent la décision qui finit par être prise, ce que j’ai moi-même fait.
Depuis, Sloan a refusé de s’excuser pour ces commentaires et prétend que sa déclaration était simplement “rhétorique”. Que pensez-vous de cette explication?
Dans la culture moderne, nous avons appris que le racisme est mauvais – et je pense que beaucoup de personnes racistes diront même volontiers que le racisme est mauvais. Elle crée cette tendance à formuler des commentaires dans une sorte de justification ou de double-discours. Le commentaire de Sloan a été critiqué par les médias canadiens ; il y a répondu et ne s’est pas excusé. Il a juste dit qu’il ne faisait pas référence à l’ethnicité ou au pays d’origine de Tam. On avait l’impression qu’il parlait à double sens pour se sortir d’une situation politique très embarrassante.
Je pense que c’est parce que nous vivons dans une culture où, pour la plupart, nous avons tous convenu qu’il est mal d’être raciste. Et cela signifie que les commentaires fondés sur la race ou l’ethnicité, ou qui ont une sorte d’avantage sous-jacent, ne sont généralement pas formulés de manière ouvertement raciste. Je pense qu’une partie de ce phénomène se produit pendant cette pandémie, et il est difficile de savoir comment y faire face.